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Autorité et éducation

 Question(s) d’autorité

Comment éduquer son enfant entre écoute et obéissance, dialogue et sanction ? France Frascarolo-Moutinot, psychologue et co-directrice du Centre d’étude sur la famille au CHUV, livre à La Family, les principes éducatifs observés dans les familles suisses.

La Family. Que fait-on au Centre d'étude de la famille ?
France Frascarolo-Moutinot. Nous observons les interactions familiales, comment les parents se coordonnent et interagissent avec leurs enfants.

En matière d’autorité, qu’est-ce qui a changé au sein des familles ? Dans les générations précédentes, l’éducation était beaucoup plus basée sur la peur même si on parlait de respect. Maintenant on essaie de l’éviter et on veut établir une relation fondée sur l’affection.
Actuellement on parle beaucoup de parentalité positive, avec des atelier de communication positive ou parentalité positive pour les parents, afin de  bâtir une communication positive dans les relations parents-enfants.

Comment expliquer ces nouveaux rapports ? Aujourd’hui nous avons une plus grande connaissance de l’enfant. Avant, l’enfant était quelque chose à corriger, à rectifier. On ne parlait pas alors de compréhension, de développement des potentialités, de la qualité des relations.

Mais avant, ça fonctionnait quand même ? Sur la peur du gendarme, oui ! Mais quand il n’y a plus personne, ça se transforme vite en anarchie. Contrairement à des règles que l’on intériorise et qui deviennent des valeurs personnelles.

De quand date ce changement de statut de l’enfant ? Après la Première Guerre mondiale, les travaux du psychiatre et psychanalyste René Spitz ont montré l’impact de la rupture parent-enfant. Dans les années 60 et 70, des travaux anglo-saxons, ceux de Piaget et Wallon, de Françoise Dolto ont mis en avant les compétences du bébé et de l’enfant. Il n’était plus juste un adulte en modèle réduit mais il avait ses caractéristiques propres et un développement particulier.

La notion de règles, d’obéissance, de limites a donc évolué ? Dans toute relation, il y a des règles, les enfants le comprennent bien. Mais plus que de les poser en tant que telles, les enfants ont besoin de cohérence et de stabilité. Certains parents prennent la peine d’expliciter les règles familiales de sorte que l’enfant sait s’il les transgresse ou pas.
La parentalité positive et la discipline positive pour les parents sont d'une grande aide pour bâtir une communication positive dans les relations parents-enfants.

Sinon… ? Si les règles ne sont pas exprimées, si elles ne sont pas claires, c’est le flou artistique. Selon l’humeur du parent, elles seront appliquées ou pas et l’enfant risque de se sentir la victime d’un système qui le dépasse.

Une bonne communication est la clé de bonnes relations ? On peut avoir le dialogue et la fermeté, de l’écoute et aussi quelques règles qui ne se discutent pas. Etre parent est un travail d’équilibriste entre le trop et le trop peu. Et trop de dialogue peut finir par devenir une sorte de négligence.

Que dire de la fessée ? Fait-elle encore partie de l’arsenal éducatif ? Des travaux montrent qu’elle est inutile et contre-productive. De moins en moins de gens la perçoivent comme un outil mais il peut arriver de temps en temps, qu’un parent «pète un câble». Dans ces cas-là, c’est plutôt un signe d’impuissance.

La punition ne marque-t-elle pas les limites ? L’enfant doit savoir que ses actions ont des conséquences. Il peut ainsi être privé ou réparer mais pas dans une optique de punition. Pour cela, le parent doit rester calme et éviter l’escalade émotionnelle.

C’est ce qu’on appelle les pratiques parentales positives ? Et ça marche bien ! Les désaccords existent entre parent et enfant mais c’est la manière dont on les gère qui change. Est-ce qu’on se crie dessus ou on se respecte ? L’art du dialogue, du compromis fait partie de ce qu’on devrait apprendre au sein d’une fratrie, d’une famille.

On en demande beaucoup aujourd’hui à la famille… On ne cherche plus seulement à mettre ses forces en commun, on veut plus de choses qu’avant, de l’amour, de l’entraide… La famille va vers plus de souplesse et de liberté, ce qui entraîne aussi plus de questionnements tels que c’est quoi faire bien, c’est quoi faire juste… ?

Et poser des limites à l’enfant, c’est bien, c’est juste ? Comme l’excès, l’absence d’autorité n’est pas souhaitable et pèse sur l’enfant. Au parc ou dans les magasins, on voit parfois des parents qui ne savent pas dire non et qui ont du mal à se positionner en tant qu’adultes.

Ils se posent trop de questions ? Certains ont peur de traumatiser leur enfant, de perdre son amour s’ils se montrent trop sévères. La peur n’est jamais un bon guide.

Finalement, quelle est la bonne méthode ? Celle d’avant ou de maintenant… L’ancien temps, ce n’était franchement pas mieux. Mais la tendance actuelle de l’enfant roi n’est pas la bonne voie non plus. La « bonne éducation » est entre les deux.

Comment savoir si on fait bien ? Ça semble compliqué… Qui a dit que c’était facile d’être parent ?! La question est de savoir quel est son objectif éducatif, quel genre d’adulte j’aimerais que mon enfant soit plus tard. Se souvenir des valeurs qu’on veut lui transmettre et que le but de l’éducation est qu’il devienne autonome et qu’il vole de ses propres ailes.

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