Tyrannie des médias : le corps dans tous ses états !

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Tyrannie des médias: le corps dans tous ses états!

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Anne Jeger - Psychologue clinicienne

Notre partenaire psychologue clinicienne, Anne Jeger répond gracieusement à toutes les questions que vous vous posez concernant vos problèmes personnels et familiaux.
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et le témoignage de Marc sur sa vision du corps féminin

      

Un article proposé par Anne Jeger, psychologue clinicienne.

Elle reçoit des enfants, des adolescents et des adultes confrontés à des ruptures de lien (décès, maladie grave d'un proche, séparation...), des difficultés familiales, scolaires ou professionnelles, des problèmes relationnels ou des questions existencielles


       

Je suis trop grosse, trop petit, trop poilu, trop maigre…
Je suis trop grosse par rapport à qui?
Je suis trop petit par rapport à quoi?
   
Se comparer fait souffrir. Les médias provoque la comparaison avec les stars les plus populaires et c’est la descente aux enfers pour certains d’entre nous.
          
A l’adolescence, le physique change et avec ce changement l’image du corps évolue, ou pas. Un enfant grandit mais peut continuer à se trouver petit. Une jeune fille mince peut se voir grosse. Il faut souvent du temps pour s’accommoder aux changements physiques.
   
Puis l’enfant devenu adolescent va se comparer aux autres afin de s’assurer qu’il est normal, c’est-à-dire dans la norme.
Qu’est-ce que la norme? De qui dépend-elle? De la mode sans aucun doute qui change tous les 50 ans voire tous les siècles.
   
Les canons de beautés sont des normes, elles se définissent par une proportion et une taille idéale à une certaine époque. Ces canons évoluent au cours du temps, elles changent avec la mode (cosmétique, vestimentaire, physique), et ceux qui plaisaient il y a quelques années ne plaisent plus forcément de nos jours. Néanmoins certains critères reviennent à la mode.
   
Nous sommes à une époque qui valorise la femme filiforme et/ou musclée, l’homme imberbe et athlétique…
Comment se sentir bien si on ne répond pas à l’exigence de la norme?
      
Beaucoup de complexes poussent hommes et femmes à faire le choix de la chirurgie esthétique… qui les déçoivent parfois, surtout quand le corps physique ne correspond plus à l’image qu’ils ont de leur corps. Beaucoup de souffrance sont générées par ces phénomènes amplifiés par les médias (presse, télévision, affiches, internet, etc.): perte de l’estime de soi, diminution de la confiance en soi, fragilité de l’identité qui conduisent à la dévalorisation, le rejet de soi voire le suicide. C’est dramatique.
   
Je souhaite vous partager le témoignage de Marc 45 ans, designer aujourd’hui, qui a fait ses études d’art il y a environ 20 ans. Il livre sa vision du corps de la femme avec beaucoup de délicatesse, de respect et de douceur. Son récit est un hymne à la tolérance et à l’amour pour le corps que nous avons et ce, pour toute notre vie. You were born to be real, not to be perfect
       
«Je me souviens de ce reportage sur la BBC: une jeune femme, grande élégante et athlétique, s'apprêtait à recourir à la chirurgie esthétique. En cause: des seins jugés trop petits péjorant son estime d'elle-même. Découvrant à la caméra la poitrine incriminée, je me souviens de mon incrédulité: elle s'apprêtait donc à faire subir des blessures à ces deux jolis petits seins harmonieusement arrondis, à l'incarnat parfait, aux aréoles roses lisses et tendres. Des épaules carrées et une petite poitrine: sa silhouette me rappelait certaines toiles de Gauguin. J'avais la certitude que cette beauté singulière pouvait émouvoir bien plus d'hommes au-delà de ma seule personne.
   
A la séquence suivante, la jeune femme découvrait à la caméra les résultats de l'opération: visiblement satisfaite, elle exhibait deux seins meurtris en forme de ballons, des seins ni trop gros ni trop petits... bref dans la norme et sans surprise.
    
Parfois prises de doute devant le miroir, une inquiétude voile le sourire des femmes que nous aimons: un détail hors norme de leur physique devient un détail anormal, une aberration à cacher, une tache qu'il faut éliminer dans la quête de la perfection: d'abord il y a les rondeurs rebelles: un peu de culotte de cheval, un peu de cellulite, un "cul" un peu trop large, des cuisses épaisses, un petit ventre irrépressible depuis la maternité....
Ensuite il y a les particularités individuelles, celles qui leur font se sentir "anormale": un nez un peu trop grand ou en lame de couteau, une pilosité un peu prononcée, des cheveux trop plats ou trop frisés, une silhouette de grande endive dégingandée, ou au contraire de petite prune rondelette... Enfin il y a les injures de l'âge: un téton racorni, un sein un peu plus flasque se détachant de plus en plus du pli de l'aisselle pour se déplacer vers le bas. Il y a les premières rides autour des lèvres, autour des yeux; sur le front, sur les joues un incarnat moins homogène sur les mains et les pieds, les veines et les tendons se font plus apparents. Sur l'ensemble du corps, les courbes féminines sont encore là mais se font plus accidentées, moins homogènes.
   
L'injustice est que la plupart des femmes prennent soin d'elles, accordent un temps énorme à se rendre agréables à regarder. Pourtant le détail singulier, celui qu'on ne verra jamais sur papier glacé peut devenir "le détail qui tue", celui qui fait que l'on ne s'aime pas, celui qui fait qu'il faut punir et corriger ce corps par le bistouri.
   
Je me souviens de mes années en école d'art. En cours de nu j'ai vu poser des femmes de toutes corpulences et de tous âges, bref des femmes réelles et ordinaires. Toujours en ces femmes différentes et imparfaites j'ai trouvé une sensualité qui leur était propre capable de faire rêver le jeune homme que j'étais. J'éprouvais du respect, du désir et de la tendresse en observant leur corps nu. Je sentais la responsabilité qui était mienne de transcender cette nudité confiée à mon regard pour en faire quelque chose de beau. Cette beauté je la trouvais toujours en révélant et en affirmant les caractéristiques de leur corps, en aucun cas en les gommant: les ombres et les lumières, la densité et la puissance du corps pour les femmes rondes et charpentées, les tensions du mouvement, la dynamique pour le corps des femmes aux maigreurs arachnéennes, la posture et l'expression du regard pour femmes plus âgées...   

Après tout Klimt, Rouault, Mayol, Degas, Schiele ou Garache nous émeuvent-ils en ayant peint ou sculpté des bimbos?
    
J'ai imaginé un instant que les paysages aient une âme et soient doués de langage: J'ai vu les alpes se plaindre de ses reliefs trop opulents: fini le Massif du Chablais, le Cervin, l'Eiger et le Mont blanc! Il faut tout raser! Rien de plus haut qu'une colline Irlandaise. J'ai vu les plaines de Beauce, la Camargue et les Landes, désespérées par leur planéité rêvant de se faire implanter quelques montagnes... J'ai imaginé un monde fait de femmes homogènes calibrées comme des tomates de supermarché: pas de défaut, pas de singularité, pas de surprise: partout les mêmes seins, les même fesses, les mêmes hanches, les mêmes genoux... quel ennui! Les petits défauts c'est comme une signature, c'est ce qui rend chaque femme unique et reconnaissable, différente, humaine, attachante. C'est notre responsabilité d'hommes de reconnaitre que nos désirs cachés ne se portent pas systématiquement sur des "top modèles" mais souvent aussi sur les femmes imparfaites, physiquement singulières et bien réelles. Nous pouvons être profondément émus à partir d'un détail intime à peine entrevu d'avoir rêvé leur corps, ou d'avoir un instant croisé leur regard. Il y a une responsabilité des hommes à faire coïncider les femmes occupant leurs désirs secrets et les femmes qu'ils respectent.
    
Pourquoi ce hiatus? Car souvent reniant nos fantasmes, nous ne nous autorisons à considérer comme "femmes admirables" que celles dont la plastique est validée par les prescripteurs sociaux: être au bras d'une telle femme est un symbole de réussite, un simple attribut comme le costume, la montre, la bagnole et la maison.
    
En tant qu'homme, ma vision reste par essence réductrice en n’évoquant ici que l’attractivité érotique. Les motivations d'une femme souhaitant être modifiée par la chirurgie esthétique sont probablement bien au-delà: être acceptable à son regard et dans le regard des autres, tel est l'enjeu (puisque les difficultés commencent parfois dès l'école, notons que ce ne sont pas toujours les garçons qui sortent les pires vacheries sur les filles au physique hors norme). Je pressens aussi que les racines des difficultés sont aussi plus profondes: dans notre culture judéo-chrétienne, le corps est par essence suspect. Il doit donc être maîtrisé et asservi, bref sous contrôle de la persona pour ne pas corrompre l'âme.
    
Nous vivons probablement une époque anxiogène où la peur d'être non conforme donc exclu(e) du groupe est à son paroxysme. Ainsi nous tentons de collectionner les signes de reconnaissance et d'appartenance. Qu'une femme aie l'envie de rester belle et désirable est louable, mais la chirurgie initialement n'est destinée qu'à réparer les accidents et la maladie.
     
Pourrions-nous tenter de rassurer les femmes pour que de telles angoisses ne les incitent pas parfois à torturer leur intimité inutilement?»
  
    

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