Témoignage 6 – Nathalie

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Anne Jeger - Psychologue clinicienne

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Désir d’enfant – infertilité – deuils – fécondité
Histoires de femmes et de couples: mort et renaissance

 Nathalie

   

En avril 2010, nous apprenons avec une joie immense que je suis enceinte. Enfin...Après 4 ans d'attente, un petit bébé est en train de grandir dans mon ventre. Je vais à mon premier contrôle et là on me dit que je dois revenir deux semaines plus tard car la grossesse n'est pas avancée comme on le pensait! Nous revenons deux semaines plus tard et le médecin nous confirme que la grossesse évolue bien et que notre petit bébé d'amour doit arriver le 15 décembre. Bien évidemment, j'ai les nausées et je suis très fatiguée, mais c'est pour la bonne cause, je suis très heureuse d'être enfin enceinte. Nous allons au rendez-vous des trois mois et tout se passe à merveille, je n'ai plus de nausées, je suis moins fatiguée et bébé grandit bien. Tout est en ordre. Au contrôle du quatrième mois, nous apprenons que nous allons avoir un petit garçon et qu'il est en pleine forme et que tout va bien. Nous avons rendez-vous le vendredi 13 août 2010 pour le contrôle morphologique qui se fait à  22 semaines environ. Je ne m'inquiète pas du tout. Je suis confiante et je commence à sentir bébé bouger. Nous avons hâte qu'il arrive. On lui a même trouvé son prénom et il s'appellera Mattia.

    

Le 7 août 2010, je ressens une douleur dans le ventre et j'ai des pertes qui ne sont pas normales. Nous décidons d'aller à l'hôpital pour voir ce qui se passe. Je ne suis pas trop inquiète à ce moment-là en me disant que c'est dû au stress. Nous sommes reçus à l'hôpital et là on nous explique que j'ai des contractions et qu'apparemment j'ai une petite mycose. On nous rassure en nous disant que c'est fréquent...Le médecin de garde me donne un congé de quelques jours le temps que je retourne chez mon médecin et il me dit de me reposer. Durant la semaine, je me repose et je ne m'inquiète pas du tout, au contraire, je suis confiante et contente de pouvoir prendre du temps pour moi et pour Mattia en restant tranquille à la maison.

 

Le vendredi matin 13 août, nous avons donc rendez-vous chez le médecin pour l'échographie morphologique. En me levant, je sens du liquide qui coule et je me dis que ce n'est pas possible que ce soit les eaux...Je prends une douche et je sens que quelque chose se passe et là je dis à mon mari que j'ai perdu un peu de liquide et que je ne me sens pas bien. Nous arrivons chez le médecin et j'explique à son assistante que j'ai perdu un peu de liquide. J'étais tétanisée et je sentais au plus profond de moi-même que ça n'allait pas. Mon médecin vient nous chercher et je lui explique ce qui se passe. Il m'ausculte tout de suite et remarque que malheureusement le liquide que j'ai perdu c'est le liquide amniotique! Il fait directement une échographie et là, tout s'écroule autour de nous, il nous explique que Mattia n'a plus de liquide et qu'il faut partir immédiatement à l’hôpital!

 

Nous sommes accueillis par Annie, une sage femme adorable qui commence à me faire des prises de sang. Puis le médecin de garde arrive pour m'ausculter. Puis tout va tellement vite que je n'y comprends plus rien. On nous explique que malheureusement il n’y a plus de liquide et que notre petit Mattia ne peut plus grandir correctement et se former correctement!!! La sage femme vient nous expliquer que malheureusement une infection m'attaque et attaque Mattia. Ils ne savent pas quelle genre d'infection c'est....

 

Puis on nous dit que malheureusement la grossesse ne pourra pas se terminer et que notre petit garçon ne pourra pas survivre à tout ça! Quelle nouvelle dramatique pour nous trois...Tout s'écroule en l'espace de quelques heures. On nous explique qu'à ce stade de la grossesse, je devrai accoucher et que cela se passera le dimanche! Le samedi, on me refait une prise de sang et là tout s'enchaine. Les médecins arrivent dans ma chambre pour me dire d'appeler mon mari car ils doivent absolument provoquer l'accouchement ce jour-là car l'infection monte et que ça devient dangereux pour moi! Je suis complètement perdue et j'ai l'impression que je vais me réveiller, que tout ça n'est pas possible. Le samedi vers midi, on nous amène en salle d'accouchement puis on me pose une péridurale.

 

A 16h04 notre petit Mattia est mort-né. Il était magnifique, parfait, un vrai petit ange. A ce moment-là commence le processus de deuil. Nous sommes très très bien entourés par le corps médical, des sages femmes extraordinaires. Nous avons pu porter notre petit Mattia et le garder vers nous le temps que nous voulions. Nous avons choisi un petit bonnet à lui mettre sur sa petite tête et il avait un petit peignoir blanc, car malheureusement il était trop petit pour que nous puissions lui mettre un petit pyjama. Il pesait 460 gr pour 29 cm! Le lendemain, on nous permet de revoir Mattia et je peux à nouveau le porter.

 

Je rentre à la maison, seule, nue, vide avec une partie de moi qui s'est envolée.

  

Heureusement qu'avec mon mari nous sommes soudés et qu'il est là! Nous décidons d'enterrer notre petit ange mon mari et moi. Nous ne voulions personne d'autre avec nous, impossible d'affronter la famille, les amis, et surtout les regards. Le vendredi 20 août 2010, nous enterrons notre petit Mattia. Quelle épreuve difficile, mais nous sommes tous les deux et pour moi c'est le plus important. Le CHUV nous a conseillé de consulter une pédopsychiatre pour nous vider. Nous allons donc voir une dame qui nous écoute et ne nous juge pas.

 

Dans le deuil périnatal, le plus dur à gérer, ce sont les remarques du style, «Oh mais tu es jeune tu en auras d'autres, c'était mieux maintenant qu'après, s’il est parti c'est qu'il avait quelque chose qui ne jouait pas». C'est difficile d'entendre ce genre de réflexion et bien entendu je réponds à ces personnes en disant qu'il allait bien et que rien ne présageait cela. J'ai accouché de ce petit garçon, j'ai les souvenirs de la grossesse. Pas après malheureusement, je suis rentrée à la maison vide sans mon bébé. En plein deuil, c'est très difficile d'entendre ce genre de remarques. Durant mon deuil, j'ai rencontré des personnes extraordinaires qui m'ont aidée et m'aident toujours. Il y a des jours où bien entendu, je n’ai pas envie de me lever, j'ai envie de crier au monde entier que nous sommes parents orphelins sans notre petit ange qui veille là-haut depuis les étoiles...Dans mon cas, ce qui me soulage, c'est la reconnaissance de mon ange et quand on nous reconnait parents! Le deuil périnatal, je trouve, est difficile à faire reconnaître. En effet, quand malheureusement des parents perdent un enfant né qui a quelques jours ou plusieurs années, les personnes autour d'eux prennent en considération leur deuil et parlent de leur enfant! Dans le deuil périnatal, les gens oublient et pensent que ce n'est rien de grave et qu'il y en aura d'autres!

  

Je suis une psychothérapie depuis la perte de Mattia et j'ai appris beaucoup de choses sur moi-même et sur mon petit garçon. Là où il se trouve, il me donne chaque jour la force d'avancer et chaque jour est une victoire grâce à lui, à mon mari, à notre entourage et au corps médical qui nous suivent. Avant cela, il fallait que je maîtrise tout, tout était planifié...Quand Mattia est parti, nous n'avons eu aucune réponse à nos questions et j'ai réalisé que la nature fait parfois des choses que nous ne comprenons pas et que la vie ne peut pas être maîtrisée à 100% et qu'il faut apprendre à vivre au jour le jour...Depuis ce jour là, j'apprends à vivre au jour le jour, à profiter de chaque instant. Ma grossesse était parfaite jusqu'au 5ème mois et tout a basculé en l'espace de quelques heures...Mon deuil, je pense qu'il est fait ce jour grâce à beaucoup d'aide. Par contre, jamais je n'oublierai mon bébé et quand il s'est envolé vers les étoiles, une partie de moi s'en est allée avec lui, plus jamais je ne serai la même et je vois la vie sous un autre œil!

 

Toutes ces étapes: accouchement, pouvoir prendre notre bébé dans les bras, l'enterrement puis parler à des personnes neutres ont pu nous aider à faire notre deuil au mieux et je pense que c'est important de pouvoir passer par ces étapes, même si elles font très mal, pour pouvoir réapprendre à vivre sans notre bébé.

 

En janvier 2012, en collaboration avec Anne Jeger, psychologue clinicienne, j'élabore un article sur le deuil périnatal, suite au décès de mon fils en août 2010 à 22 semaines de grossesse. A cette époque, mon deuil n'était pas encore terminé, j'avais besoin de reconnaissance sociale et besoin que les personnes qui m'entourent sachent que je suis maman. Cet article, quand il est paru, a été pour moi une délivrance! En effet, j'avais pu écrire mon ressenti et surtout rendre un hommage à Mattia. A cette époque, j'étais en plein traitement pour pouvoir donner un petit frère ou une petite soeur à Mattia. Ces traitements n'ont rien donné et en mai 2012, j'ai pris la décision de tout stopper et de recommencer après l'été 2012. Entre deux, avec le papa de Mattia, nous nous sommes séparés. A ce moment-là, le projet bébé n'était plus d'actualité! Ce fût presque un deuxième deuil, car pour moi, il était impensable de ne pas pouvoir être à nouveau enceinte!

 

En novembre 2012, je rencontre deux mamans extraordinaires au marché de Morges. Elles tiennent un stand sur le deuil périnatal et font un lâché de ballons. J'y vais le coeur battant! J'arrive sur place et il y a beaucoup de femmes qui sont accompagnées par leur compagnon. Mais, avec la gentillesse des deux mamans qui ont organisée ce marché, je vais faire le lâcher de ballons direction le paradis des anges pour Mattia! Ce fût un moment très intense pour moi et très symbolique! Je garde contact avec les deux personnes qui organisent ces marchés et elles m'intègrent dans leur groupe.

 

En mai 2013, je fais mon premier marché à Nyon. Quelle émotion de voir toutes ces mamans venir sur notre stand! Il y a de tous les âges, avec ou sans enfant. Pour moi, ce fût une journée remplie d'émotions. En novembre 2013, nous organisons à nouveau un marché sur Morges. Cette fois, je me sens moins à l'aise et je sens que j'ai besoin de tourner cette page définitivement. Pas d'oublier, juste être plus légère. Je réalise que  j'ai fait le deuil de mon petit Mattia!

 

Beaucoup de choses on changée durant ces deux dernières années. Je souhaite de tout coeur un jour pouvoir revivre une grossesse sereine! J'ai parcouru un chemin semé d'embuches, mais aujourd'hui, grâce à ma famille, mes amis et le travail effectué avec des professionnels, j'ai réussi à surmonter le deuil de cet enfant et je n'ai plus besoin de crier haut et fort que je suis maman! Je le sais au plus profond de mon coeur et quand on me pose la question aujourd'hui si j'ai des enfants, je n'ai plus de remords à répondre non, car j'ai pas envie d'expliquer mon histoire à tout le monde.

 

Merci à mon petit ange qui me permet d'avancer tous les jours et que j'aime au plus profond de mon coeur. Je souhaite que le deuil périnatal ne soit plus un sujet tabou et je souhaite à tous les parents qui vivent ce drame d'être entourés comme je le suis!

 

Par Anne Jeger, psychologue clinicienne et thérapeute.
Elle assure le suivi de couples infertiles,
de femmes vivant leur grossesse avec difficultés,
et de couples traversant un deuil périnatal.

 

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