Témoignage 3 – Sara

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Anne Jeger - Psychologue clinicienne

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Sara

 

Devenir maman, cela a été pour moi un cheminement psychologique d’abord, suivis de problèmes de santé inattendus qui m’ont amené à une profonde remise en question, mais aussi celle de mon couple.

 

Même si j’imaginais une vie avec enfant, je n’arrivais pas encore à me projeter dans ce rôle, contrairement à mon mari Marco. C’était devenu un sujet fréquent de dispute entre nous. Souffrant d’une maladie chronique, je repoussais l’idée de devenir mère car je ne me sentais pas encore prête à suspendre mon traitement. J’éprouvais un malaise grandissant de ne pas ressentir encore cet instinct maternel dont me parlaient mes amies. Je me sentais différente, bizarre, «pas normale» peut-être, me culpabilisant de ne pas éprouver les mêmes besoins que Marco. Puis, ne pouvant plus me battre contre moi-même, je me mettais à mon tour àreprocher à mon mari de manquer de compréhension à mon égard. Lors de mes crises migraineuses, j’avais tellement de peine à m’occuper de moi-même alors comment m’imaginer avec un enfant? Et la grossesse, comment la vivre sans traitement?

 

Avec le temps, une différence se marquait entre mon mari et moi. Marco jouait très vite avec les enfants de nos amis, de nos familles, contrairement à moi. En fait, depuis que nous en avions parlé sérieusement, j’ai commencé, inconsciemment, à me tenir plus à distance de cette jeune population alors que jusque-là, j’avais toujours établi de très bons contacts avec les petits. 

 

Enfin, après quelques années, l’envie de devenir maman avait enfin mûri en moi. Séduite par la relation d’une de mes meilleures amies avec sa fille, âgée alors de 2 ans, je me rendis compte que j’éprouvais un véritable bien-être en leur compagnie. Je me surprenais même à observer à nouveau d’autres mamans avec leurs enfants, à les admirer.

 

Depuis l’arrêt de la pilule, plusieurs mois s’étaient écoulés et je n’étais pas encore enceinte. A l’époque, je ne m’en inquiétais pas encore, j’était surtout gênée par mes douleurs menstruelles qui recommençaient aussi intenses que celles que j’avais connues pendant mon adolescence. De plus, les migraines persistaient.

 

Lors d’une consultation, le gynécologue m’annonça que j’avais de «l’endométriose», ce qui pouvait expliquer mes règles douloureuses. Au début, je ne saisissais pas la portée de cette maladie. J’écoutais les brèves explications de mon médecin sur cette mystérieuse pathologie qui légitimait mes douleurs menstruelles. En effet, combien de nuit, réveillée par des douleurs poignantes, je me mettais à marcher dans la chambre, à me balancer sur le lit recroquevillée sur moi-même, à pleurer même! Combien de fois Marco se réveillait tout désolé de ne pouvoir m’aider…Lors de la consultation, je confiais aussi à mon gynécologue que mon mari regrettait que nous n’ayons pas eu d’enfant mais que pour ma part, je me sentais plus en confiance par rapport à cela. Contre toute attente, le médecin donna raison à Marco, avançant qu’il était toujours préférable pour une femme d’avoir un enfant avant 30 ans. Ses propos m’interpellèrent. Arrivée à la maison, j’allais très vite consulté «internet» pour m’informer davantage sur ma «nouvelle maladie». Quel choc! je découvris à ce moment que l’endométriose pouvait être une cause de stérilité chez la femme. Le fait de voir ce mot écrit ainsi, noir sur blanc, mais surtout les propos de mon mari, commencèrent à retentir de loin. Pendant nos disputes, il me répétait souvent: «tu verras, lorsque tu seras enfin décidée à avoir un enfant, on ne pourra pas en avoir!».

 

Plusieurs autres mois passèrent. Je continuais à souffrir chaque mois. Ma famille et ma belle-famille, sachant que je ne faisais plus de blocage à avoir un enfant, nous soutenaient dans cette attente, souvent de façon maladroite. Sur le moment, je leur en voulais car je devais «soigner» d’abord leurs souffrances alors qu’ils oubliaient que c’est moi qui en pâtissais le plus. Cependant, les propos qui me démunissaient le plus restaient ceux de mon mari. Comment me défendre contre quelque chose qu’il avait craint et qu’il me le rappelait régulièrement? Lorsque je me reprenais, je me défendais, lui rappelant que notre parcours aurait été identique, nous aurions juste découvert ma maladie plus tôt. Pourtant, au fond de moi-même, je ne pouvais m’empêcher de me sentir perturbée d’avoir nier le besoin de mon mari d’avoir un enfant. Alors que j’accusais Marco de se montrer égoïste face à mes soucis de santé, j’avais ressenti, pour la première fois, la douleur que je lui avais infligée en ne répondant pas à son désir de devenir papa.

 

Mon instinct maternel avait tardé à se manifester mais une fois éveillé, je ne pouvais et ne voulais accepter une vie sans enfant. Pendant cette période, je suis entrée en contact «virtuel» avec une autre fille, souffrant d’endométriose. On échangeait régulièrement des mails sur nos consultations, les dires de nos médecins, nos sentiments. Cette correspondance m’avait aidée même si elle était parfois douloureuse. J’étais comprise par une personne totalement inconnue, qui présentait des symptômes semblables, malheureusement encore plus graves.

 

Après environ deux ans d’essai, sans avoir d’enfant, mon mari et moi naviguions entre soutien et reproches parfois fort blessants.

 

Une prise en charge médicale commençait à se mettre en place. De nombreuses consultations chez les spécialistes commencèrent à se succéder.  Pour «soigner» mon endométriose, je subis une première laparoscopie, suite de quoi le gynécologue me mit encore trois mois sous «ménopause» artificielle,  grâce à des injections que je recevais une fois par mois. J’avais connu tous les symptômes de la ménopause, les fameux coups de chaleur, ce qui était assez drôle pour moi qui était toujours très frileuse.

 

A la même époque, le gynécologue nous annonça que les résultats de mon mari n’étaient également pas bons! Quel choc! Cette nouvelle nous éloignait encore plus de notre rêve. Le médecin ne pouvait expliquer la cause des «spermatozoïdes lents», peut-être un traumatisme pendant un match de foot? A la sortie de l’entretien, mon mari parla très peu ainsi que les jours qui suivirent. Il fut complètement replié sur lui-même, triste et distant. Un jour, j’eus le courage d’aborder la question de l’adoption. J’appréhendais sa réaction. Marco m’avait écoutée attentivement. Un certain moment, il me semblait partager mon idée mais avait clos le sujet, ne souhaitant plus en reparler. A mon tour, je me ressentais «rejetée».

 

Lors des entretiens suivants, le gynécologue commença à nuancer ses propos avançant que les résultats de mon mari n’étaient pas si mauvais, même satisfaisants! A nouveau, quel revirement de situation! Tout cela devenait très déstabilisant. Est-ce que le médecin avait ressenti la tension entre nous et voulait que Marco se sente davantage concerné par mes problèmes? Et même si c’est le cas, ce n’était pas à notre médecin de prendre cette décision. Nous nous demandions aussi s’il avait mal interprété les tests de Marco? En avait-t-il fait une lecture trop dramatique? Perturbés encore par les propos ambivalents de mon gynécologue, nous décidions d’un commun accord de consulter un autre spécialiste, proposé par un autre de mes médecins.

 

Suivie par un nouveau gynécologue, j’appris que l’endométriose était encore présente malgré la laparoscopie et la ménopause artificielle. Je subis assez rapidement une deuxième intervention chirurgicale, bien sûr après un nouvel avis médical.  Par la suite, le médecin commença à me prescrire des stimulations hormonales, sous forme de comprimés d’abord. C’était une période très pénible car non seulement je n’osais plus prendre mes anti-migraineux (espérant toujours être enceinte sans encore le savoir), mais mes maux de tête, qui étaient déjà chroniques, s’aggravèrent davantage. De plus, je subissais les autres effets secondaires de ce traitement hormonal (fatigue, irritabilité, difficulté à se concentrer, somnolence, nausées etc.). Déjà en congé maladie pour ma maladie chronique,  je ne pouvais m’empêcher de penser aux autres femmes, qui étaient dans ma situation et qui n’avaient pas le choix que de poursuivre leurs activités.

 

Après quelques mois, le gynécologue m’avait proposé de passer à l’étape supérieure: je recevais les injections hormonales sous forme d’injections que j’avais appris à me faire moi-même, combinés aux rapports sexuels programmés! C’était si bizarre... Et pour détendre l’atmosphère, Marco et moi, nous nous «moquions» gentiment de notre situation. En plus du soutien médical, nous avons suivis plusieurs méthodes qui pouvaient faciliter la grossesse, confidences qu’on repêchait auprès de nos amis les plus proches, ou sur internet.

 

Mais le temps s’écoulait et toujours pas de bébé. Dans des moments de doutes voire de désespoir, je me «réfugiais» auprès de mon amie et de sa fille. Lorsque je les quittais, j’étais submergée par un sentiment de quiétude, me disant qu’un jour je deviendrais également maman.  Mon amie aussi ne cessait de m’encourager dans mes croyances.

 

Cependant, avec le temps, malgré toutes les ressources que je pouvais puiser dans mon entourage et de l’appui du corps médical, je ressentais un très gros vide qui se creusait de manière de plus en plus sournoise. J’avais besoin de m’enfermer, évitant si possible les fêtes de famille, les soirées avec les amis. Marco, quant à lui, avait besoin de sortir davantage, de voir du monde, sans chercher à s’amuser pour autant. L’accompagnant de moins en moins, je trouvais refuge à la maison, loin du regard des autres, des attentes de mes proches. Mon mari continuait à s’entourer de copains pour dépasser sa douleur. Je ne me sentais plus à ma place, nul part...Mon mari m’incitait à sortir, au moins la journée, mais croiser des personnes connues me devenait trop douloureux. Nous étions toujours seuls sans enfant...Une dispute, suite à une découverte inattendue des liens que commençait à créer mon mari avec d’anciennes connaissances, me fit réagir. Ce fut un vrai électrochoc qui me fit sortir de mon état de résignation. Je commençais à m’intégrer à nouveau au monde extérieur.

 

Poursuivant les injections d’hormones, le gynécologue nous parla ouvertement de l’insémination artificielle et nous proposa un programme nous menant à ce type de procréation. J’avais très vite accepté cette idée alors que mon mari se montra plus réservé, finissant quand même à «suivre le protocole». Seulement là encore, mon corps ne répondit pas favorablement! Un nouvel obstacle se dressa.  Alors que nous prévoyions l’insémination artificielle le mois en cours, le gynécologue m’annonça que je devais immédiatement arrêter les injections car elles m’avaient provoqué un kyste ovarien trop important. En sortant du cabinet, effondrée, j’avais appelé mon mari, d’une voix tremblotante! Mon corps n’acceptait même pas cette aide médicale! Je me sentais si triste, désemparée, en colère! Les propos de Marco me calmèrent. Jamais je n’ai oublié le ton rassurant de sa voix, ses premiers mots. Soulagé même que nous n’ayons finalement pas eu recours à l’insémination artificielle, il avait déclaré que «c’est peut-être mieux comme ça, que ce n’était peut-être pas dû à un hasard...».

 

Les jours suivants, j’essayais de reprendre confiance, m’appuyant sur la force de Marco. Sans lui en parler, j’avais repris les tests d’ovulation. Un soir, ce dernier se montra enfin positif, et ce, de manière très claire. En fait, la ligne d’indice n’avait jamais été aussi marquée. Sur le moment, je m’étais sentie tellement en confiance que j’avais même oser penser «et pourquoi ça ne serait pas un petit garçon?». Sans rien dire à mon mari, je m’étais rapprochée de lui.

 

Depuis ce soir-là, trois semaines s’étaient écoulées…Comme mon cycle menstruel était de toute façon irrégulier, j’effectuai le test de grossesse. Négatif! A nouveau négatif! Pendant toute la journée, je m’étais sentie fragile, vulnérable. Le lendemain, une amie m’annonça qu’elle attendait son deuxième enfant. Je fus tellement heureuse pour elle et lui exprimait sincèrement ma joie! J’éprouvais même beaucoup de compassion envers Catherine. Elle aussi connaissait des soucis de santé qui avaient retardé sa deuxième grossesse. Après mon téléphone, j’arrivais radieuse vers mon mari. Au moment où je lui partageais la bonne nouvelle, je m’étais littéralement effondrée. Il m’avait prise dans ses bras et essayait de calmer mes pleurs incessants. Je me sentais encore plus fâchée contre moi-même, réagissant de manière si inappropriée alors que je ne ressentais aucune envie, aucune jalousie envers ma copine enceinte. En fait, c’était la première fois après deux ans, que j’avais laissé sortir ma tristesse. Complètement désemparée, je n’arrêtais pas de me répéter «Pourquoi moi? Pourquoi je n’étais pas capable de rester enceinte?». Je n’en voulais à personne, aucun propos blessant de la part de mon mari, au contraire, j’étais juste submergée de tristesse et je pouvais l’exprimer. 

 

Comme le lendemain j’avais rendez-vous pour le vaccin contre la grippe, mon mari me pria un peu maladroitement de faire à nouveau un test de grossesse avant de m’y rendre. Même si je n’y voyais plus aucun intérêt à le répéter, je finis par promettre à mon mari de l’effectuer vu que de toute façon, il en restait encore un dans la boîte. «Cassée», me sentant anxieuse et irritable, je refis le test de grossesse. Et là, je pus lire qu’il était POSITIF. Je l’approchai pour mieux le lire, l’éloigna, le rapprocha à nouveau…Il était bien positif, positif !!!

 

Je téléphonai immédiatement à mon gynécologue. L’assistante médicale me rassura sur la validité du test et me donna déjà quelques recommandations avant de me proposer un nouveau rendez-vous. Le même jour, Marco m’appela de son travail pour vérifier si j’avais suivi ses recommandations avant de me faire vacciner. Ne pouvant lui annoncer la nouvelle par téléphone, j’étouffais mes émotions. L’après-midi, j’allais acheter une deuxième boîte de test de grossesse. J’affichai un sourire béat qui ne me quittait plus. Je me sentais déjà différente, désormais comme une femme enceinte, une future maman.  Au final, j’avais effectué trois tests pour me rassurer d’une part, et de l’autre, pour le plaisir de lire le résultat incroyable!

 

Impatiente du retour de mon mari, je lui avais préparé une lettre anonyme dans laquelle j’avais glissé une carte, montrant un homme tourné de dos, portant un bébé. Afin qu’il ne puisse pas reconnaître mon écriture, j’avais pris soin d’imprimer notre adresse. A son arrivée, après une brève discussion, je tendis à Marco la lettre adressée à son nom. Lorsqu’il aperçut la photo, il resta sans voix, me demandant «mais cela vient de qui? Cela veut dire quoi?». J’arrivai à peine à parler et les larmes montaient. Je lui chuchotais juste «Mais tu ne comprends pas? Je suis enceinte!». Mon mari sauta de joie et me prit dans les bras. Encore abasourdi, Marco m’avoua qu’il avait d’abord pensé qu’il s’agissait d’une très mauvaise blague, que quelqu’un avait osé se moquer de nos difficultés à avoir un enfant.

 

Plus tard encore, mon mari m’avoua une chose «terrible». Pendant un certain temps, il avait craint que, dans ma détermination d’avoir un enfant, j’avais eu peut-être recours à un donneur anonyme pour une insémination artificielle! Même s’il avait au fil du temps réussi à se libérer de cette pensée, il avait ressenti le besoin de me l’avouer. Je fus choquée par ses propos, choquée qu’il ait pu m’imaginer capable d’un tel acte, à son insu! Marco s’était excusé plusieurs fois, me confiant que lui aussi, était resté perturbé par les propos contradictoires de mon premier gynécologue. Il s’était longuement demandé s’il était  bien capable de me donner un jour un enfant. De mon côté, je me rongeais les sangs pendant tous ces longs mois, m’en voulant de ne pouvoir moi lui donner un enfant.

 

Egalement ravi pour nous, notre gynécologue nous exprima en même temps sa surprise et ses sincères félicitations. Au fur et à mesure que mon ventre s’arrondissait, Marco et moi devenions de plus en plus heureux, de plus en plus complices. En été 2010, je donnais naissance à un magnifique petit garçon, nommé Gabriel.

 

Aujourd’hui, notre Gabriel est âgé de 4 ans. Il  nous arrive encore, à Marco et moi, d’observer notre enfant «en cachette», avec fierté, nous avouant à quel point notre bonheur est incroyable.

 

Mes remerciements.

Portant un regard rétrospectif sur notre histoire, je souhaiterais exprimer, par cet intermédiaire également, ma reconnaissance à toutes les personnes qui m’ont, qui nous ont soutenus. Pendant cette période, j’ai rencontré de nombreux spécialistes de santé (les médecins bien sûr, ma psychothérapeute, une kinésiologue, une réflexologue, etc.). Chacun d’entre eux m’ont aidé à faire un pas de plus dans ce cheminement plein d’incertitudes et rempli de rebondissements. Je me demande même où j’en serais aujourd’hui si, en plus de toute la prise en charge médicale, je n’avais pas eu mon espace de parole en psychothérapie.

Par : 

Anne Jeger, psychologue clinicienne et thérapeute

- Elle assure le suivi de couples infertiles, 
de femmes vivant leur grossesse avec difficultés,
et de couples traversant un deuil périnatal.

  

   

   


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