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Divorce - Séparation et budget familial

Tous comptes faits

Une séparation, un divorce brisent l’équilibre financier d’un foyer. Plane alors sur la famille monoparentale, l’ombre de la précarité et de la pauvreté.

On a beau compter, recompter, faire deux colonnes sur une feuille, mettre d’un côté les dépenses, de l’autre les rentrées, ça ne tient pas. « Pour les ex-époux ou ex-conjoints, il y a désormais deux appartements à payer, deux frigos à remplir, constate Sabina Cascella, assistante sociale, spécialisée dans la gestion des dettes à Caritas Vaud. Si vous ajoutez les avocats, les frais de justice, ça fait de grosses sommes. » S’ensuit l’engrenage du surendettement où l’on improvise les lendemains, où on lutte pour sa survie quotidienne.

En Suisse, le taux de pauvreté des familles monoparentales – avec des enfants de 0 à 17 ans – est passé de 11,8% en 2014 à 19,3% en 2018, détaille Aline Masé, responsable des questions de politique sociale à Caritas Suisse. Pour les femmes qui ont peu ou pas travaillé, le risque d’être dans le besoin est très élevé. 

Malgré une bonne santé économique, un faible pourcentage de chômeurs, les chiffres de la pauvreté en Suisse ne cessent d'augmenter.
Avec la crise du coronavirus, on a vu à quel point certains ont du mal à nourrir leur famille, note Mme Masé. Si on leur a porté une plus grande attention, si des parlementaires sont venus discuter avec nous, sur le terrain rien n’évolue. 

Deux mariages sur cinq environ se terminent par un divorce qui au-delà des cris et des pleurs, est synonyme de déclassement social.

Avis de tempête
Mais comment en est-on arrivé là ? Comment se fait-il qu’on se retrouve dans une telle galère financière ? Avant de se plonger dans le budget et voir où est le problème, il faut commencer par avoir les idées claires.

Certaines personnes sont tellement en colère qu’on ne peut pas étudier leurs dettes, remarque Mme Cascella. Elles sont encore dans le deuil de leur relation et doivent passer le cap, sortir la tête de l’eau.

Dans les couples, il n’est pas rare que ce soit l’un des deux conjoints qui s’occupait uniquement de l’aspect administratif et que l’autre ne sache pas se débrouiller devant une pile de factures à traiter. Les femmes qui ont la garde des enfants dans la quasi-majorité des cas, ne bénéficient pas de bonnes conditions pour repartir et la pente est d’autant plus rude à remonter

Beaucoup de mères exercent à temps partiel dans des secteurs où les salaires sont bas, les horaires flexibles, relève Mme Masé. Le manque de places en crèche et en garderie, leur coût excessif complique la vie.

Il arrive même que travailler plus rapporte moins. « Une femme qui était passée de 60 à 80% d’activité a vu ses revenus baisser, témoigne Mme Cascella. Si son salaire avait bien augmenté, ses impôts aussi et elle n’avait plus droit aux aides. C’est le genre de choses qu’un avocat qui gère le divorce ne va pas voir et dont il se fiche. » Caritas accompagne ceux et celles qui veulent refaire surface, remettre de l’ordre dans leurs comptes… enfin, ceux et celles qui osent franchir les portes de l’association.

Trouver le chemin
« Jamais je n’aurais imaginé que d’autres gens étaient dans la même situation que moi avec des poursuites et des dettes. » Entendu aux séances d’information collectives chez Caritas qui ont le mérite de lever le voile sur ce qu’on s’efforce de cacher à son entourage.

« C’est un premier rendez-vous où l’on explique notre façon de fonctionner, indique Mme Cascella. C’est aussi l’occasion de s’apercevoir que l’on n’est pas seul·e à vivre des moments difficiles. »

Bien souvent, la chute brutale des revenus entraîne l’isolement social. « C’est un sentiment de honte qui gagne parents et enfants vivant dans la pauvreté, assure Mme Masé. Quand vous ne pouvez pas acheter des petites choses comme une photo de classe ou un cadeau d’anniversaire pour un camarade, c’est très stressant. »

Un effet boule de neige qui grossit, grossit jusqu’à ce qu’une éclaircie apparaisse. « En attendant que cela change, il est nécessaire de se faire aider et conseiller, estime Mme Cascella. Tenir un budget est un moyen de revenir sur le bon chemin et de rebondir. »

Pour répondre à l’urgence des familles pauvres, le canton de Vaud ainsi que trois autres cantons ont mis en place des prestations complémentaires pour garantir un minimum vital. « C’est un instrument très important et très efficace qui profite à près de 5000 ménages dans le canton de Vaud, approuve Mme Masé. Et contrairement à l’aide sociale, il n’y a pas d’obligation de les restituer. »

En 2018, les familles monoparentales constituaient 15% de l’ensemble des foyers suisses. Elles sont bien plus fragiles que les autres – taux de pauvreté de 19,3% contre 7,9% pour le reste de la population. On a coutume de dire que l'argent ne fait pas le bonheur, mais en être dépourvu vous rend la vie plus dure à coup sûr.

François Jeand’Heur

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