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Surinvestissement des parents: des parents en mode combat

Au nom du futur de leur enfant, certains parents mettent la pression, se surinvestissent dans l’éducation et en font parfois trop.

L’inscrire dans une crèche bilingue, l’emmener à son cours de théâtre, à sa leçon de piano, à son match de hockey... Entre l’école et ses activités en dehors, point de répit.

« On voit des enfants avec un agenda de ministre, constate Cécile Vuillemin, psychologue FSP et coach parental, à Lausanne. Comme les parents, tout est planifié durant la semaine, pas de place pour l’ennui et ils peuvent finir par saturer. »

Cette tendance à l'hyper-éducation reflète une époque où l’on veut que les enfants réussissent dans tous les domaines, à commencer par les études. Au fil du temps ils sont devenus l’objet de toutes les attentions et suscitent de grandes attentes.

« Il y a des parents qui se projettent à travers leur enfant, analyse Mme Vuillemin. Ce qu’ils n’ont pas pu accomplir eux-mêmes, c’est à leur progéniture d’y arriver et c’est pour ça qu’ils se montrent exigeants. »

Suivre son enfant dans ses études, lui porter de l’intérêt dans ce qu’il fait à côté est bénéfique et participe à son développement. En revanche, lui en demander toujours plus, vouloir qu'il corresponde à un idéal, se révèle contre-productif et peut engendrer anxiété et stress.

A bas les cadences infernales

Parentalité positive, éducation bienveillante, les modes d’emploi du bon parent font planer le doute sur sa propre façon de faire.

« Les nouvelles générations ont moins d’enfants qu’il y a 30 ou 40 ans, observe Mme Vuillemin. Du coup, ils veulent leur offrir la meilleure éducation possible. »

Quand il y avait des fratries de trois ou quatre, il était plus difficile de consacrer du temps à chacun. Et puis d’une manière générale, les parents étaient moins inquiets face à l'avenir, ce qui laissait à l'enfant le temps de se construire tranquillement. Depuis tout s’est accéléré, les parents se remettent en cause, culpabilisent si les objectifs qu’ils se sont fixés ne sont pas atteints.

« Avec les réseaux sociaux, les jeunes parents sont bombardés de conseils, remarque Mme Vuillemin. Ils voient en ligne un modèle familial qui a l’air parfait même si ce n’est pas la réalité. »

Mon fils, ma fille est mieux que le tien ou la tienne laissent entendre des parents exemplaires en apparence. L’enfant est devenu le signe extérieur de réussite de ses parents. Alors on le programme et il n'est pas question de le « rater ». En forçant la dose, le risque est de dégrader l’ambiance. Si la vie familiale tourne uniquement autour de l’école, l’enfant se sent sous la menace permanente de ramener une mauvaise note.

« Il faut savoir lâcher du lest, estime Mme Vuillemin. S’il est dans un climat de confiance sans se dire qu’il va décevoir ses parents, l’enfant puis l’ado finira par faire des choix qui lui correspondent. »

Ralentir la cadence, établir une frontière entre les moments où l’on parle école et ceux sans enjeu où l’on se détend favorise les rapports, permet aussi aux parents de se retrouver, de s’occuper de leur vie de couple qu’ils ont pu négliger.

François Jeand’Heur

 

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