J'ai mal au ventre, j'ai mal à la tête

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Mal au ventre, mal à la tête

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Résumé d'une conférence animée par le Dr N. Frenck, Pédiatre FMH, Thérapeute de famille
 
En tant que pédiatre, on est toujours confronté avec des maladies qui ne sont pas des maladies mais sont quand même des maladies !

Dans une angine, des microbes se mettent dans la gorge, mais pour qu’ils entrent, il faut ouvrir la bouche …il ne faut pas négliger les différents agents agresseurs, mais il faut être dans une certaine disponibilité pour les recevoir. Le temps auquel on séparait la partie physique de la partie psychologique est révolu. Le microbe peut être là, mais il a aussi besoin d’autres choses pour se développer.

Quand un enfant est malade, toute la famille est secouée : la mère parce qu’elle se lève la nuit, le père car il ne s’est pas levé et que sa femme n’est pas contente, l’enfant car il est malade, la grand-mère car elle va aller garder l’enfant malade, le grand-père car la grand-mère va garder le petit, etc…

Toute maladie doit être considérée comme une crise familiale : rupture d’un équilibre pour arriver à un nouvel équilibre. Ce moment d’ajustement familial (différent de l’adaptation familiale) est difficile à passer : L’identité familiale, le " nous famille ", permet d’avoir la capacité à faire face à cette situation ou de demander des ressources externes. Il y aura des débordements dans la dynamique du couple jusqu’au moment où on trouve que faire avec l’enfant. Alors, il y a rééquilibrage avec adaptation familiale à la phase de maladie.

Les manifestations de cette réorganisation autour de la maladie.

Quand le parent constate une maladie chez son enfant il y a dans un premier temps :
La préoccupation, l’angoisse et la peur : Plus on reconnaît sa préoccupation, son angoisse, sa peur, mieux on peut se positionner par rapport à l’enfant, au conjoint et au pédiatre.

  • La culpabilité : j’aurais dû, j’aurai pas dû, …après coup on peut toujours trouver des coïncidences …
  • Le besoin d’être rassuré : le parent veut savoir ce qu’a son enfant. Tout pédiatre doit pouvoir tout expliquer en termes humains. Il sera rassurant si lui-même est rassuré. Ainsi le parent rassuré pourra rassurer son conjoint.
  • Il doit résoudre des problèmes courants : récupérer ceux qui sont à l’école quand il est chez le pédiatre

L’entourage : Il y a 2 types de famille :

  • la famille fermée, isolée, qui n’a pas d’aide de la part de sa propre famille ou du réseau social.
  • la famille ouverte : elle sera envahie par l’aide, ce qui est très soutenant mais aussi très écrasant.
  • Plus la famille est fermée, moins elle a de ressources, plus l’ajustement à la maladie sera difficile.

Dans un deuxième temps : la famille va déguiser un mardi en dimanche : pas de travail possible puisqu’il faut garder l’enfant, d’où une grasse matinée, des câlins, des histoires, de la détente, un certain laisser-aller qui ne se passe que lorsqu’il y a la maladie. Sinon, on n’a pas le temps.

Impact de cette situation sur le fonctionnement familial. Impact du fonctionnement familial sur l’état de l’enfant : Quand l’enfant est malade, toute la dynamique familiale change : la femme est plus mère que femme, l’homme est plus père que mari : tous les 2 peuvent être moins époux que parents et parfois l’enfant malade aura un certain nombre de privilèges du fait de sa maladie – Pourquoi ne serait-il donc pas malade plus souvent ?

Toute plainte de l’enfant doit être prise au sérieux.
Son mal de ventre est bien réel, mais c’est un signal de l’enfant : Le lundi matin  il y a plus de mal de ventre : au lieu de se demander pourquoi l’enfant est malade, demandons-nous : à quoi çà sert qu’il soit malade ? Quel peut être le bénéfice de cette maladie ? Ce mal de ventre peut servir à marquer la séparation avant de partir à l’école (viens, je te fais vite un petit massage avant de partir), rester un moment de plus à la maison, ( avant un travail écrit le matin, …).Les enfants expriment avec le corps ce qu’ils ne peuvent pas exprimer avec la parole.

L’enfant comme paratonnerre familial : Lors de vive discussion entre les conjoints, souvent et pas du tout intentionnellement, l’enfant se plaint d’un mal de quelque chose : par cette plainte l’enfant force le couple à changer de casquette : Ils deviennent parents : Le message est clair : Laissez de coté vos problèmes et occupez-vous de moi.

Bien souvent les symptômes peuvent être présentés comme une métaphore et tout en prêtant une oreille attentive et vraie, on peut aller un peu plus loin et pouvoir saisir le message de la maladie. : " j’ai mal au dos " pourrait être traduit par " j’en ai plein le dos ", " j’ai de l’urticaire " par " çà me sort par les pores ", une crise d’asthme peu signifier : " tu me pompes l’air ", …

Quand il y a maladie, il doit y avoir :

- 1er pas : un diagnostic médical à poser, un traitement à prescrire,

- 2ème pas : l’appréciation de l’impact de cette situation sur le fonctionnement familial (les tu aurais dû, …), de l’impact du fonctionnement familial sur l’état de l’enfant ( psychologique et maladif), de l’impact de chaque membre de la famille sur le système : Chaque membre de la famille ressentira quelque chose et aura un comportement différent.

Le pédiatre peut travailler sur plusieurs niveaux :

  • Il se focalise exclusivement dans les aspects bio-médicaux de la maladie ou du problème
  • La famille et lui commencent à avoir une collaboration active autour du diagnostique et du traitement
  • Il se focalise sur les émotions et les tensions dans les rôles qu’elles jouent dans la situation problématique : on va un peu plus loin que dans la partie bio-médicale
  • A l’intérieur du système familial, il soulève des problèmes qui pourraient avoir une influence négative sur la santé de l’enfant : le conseil primaire
  • La thérapie avec la famille qui est différente de la thérapie de la famille

Les crises inattendues : certaines crises évolutives dans la vie de la famille ( le mariage, les naissances et la mort secouent le mobile familial. Il y a aussi les crises inattendues : la maladie, le chômage, le déménagement, l’échec scolaire, l’accident, la migration. Elles ne viennent pas seules : Quand une famille est fragilisée il peut y avoir des des maladies. L’unité familiale est fragilisée donc on peut faire appel à la maladie comme solution aux bobos.

L’enfant malade comme lien entre les générations : Pour être parent, on doit être soi-même moins enfant de ses parents. Si mon lien filial reste identique à ce qu’il était quand j’avais 18 ans, je serai tiraillé entre mon rôle filial et paternel. Si je ne résous pas ma relation avec mes parents (autonomie et distance) je délèguerai à mon enfant le rôle de pouvoir satisfaire mes propres parents : si j’avais un rôle cémentite (le couple a besoin d’enfants en son sein pour ne pas s’effriter), je délègue à ma fille ce rôle-là : elle sera très liée avec ses grands-parents et je peux partir. Avec la maladie, Madame rend parfois service à sa mère qui est seule. En l’appelant elle s’occupe de l’enfant malade : il sera " l’otage " de ses grands-parents pour que Madame puisse s’acquitter de sa dette vis à vis de ses propres parents. Il faut se distancer de nos parents pour pouvoir être femme de son mari et mère de ses enfants.

Le symptôme " réponse à " : Quand on veut identifier une interaction familiale on peut se poser la question : cette question était une réponse à quoi ? Il peut y avoir des " comportements réponse " : partir en claquant la porte ! Le symptôme " réponse à " peut répondre à quelque chose qui est en train de se passer. Ce symptôme avec le temps deviendra de + en + bruyant : l’anorexie par exemple. Au début on ne se fait pas de souci et plus le temps passe, plus le poids descend. On commence par avoir peur : c’est l’escalade interactionnelle. Puis, on arrive à un point critique : la limite de tolérance familiale : " çà doit changer ". On consulte pour un type de maladie. Mais on peut aussi poser des questions qui peuvent amener plus loin dans la compréhension de ce qui est en train de se passer :

- Que dit le patient avec son symptôme aux autres membres de la famille : refus de manger, réveil nocturne, …

- Quelle modification produit la présence du symptôme dans le rôle des différents membres de la famille : Le lundi, on a l’habitude d’aller à la piscine et le petit a une otite…il fiche en l’air la sortie piscine disent les autres, …

- Qu’est-ce que le symptôme leur fait faire ? On ne reste jamais sans rien faire. Comment ça se passe ? Un enfant qui ne dort pas peut empoisonner la vie d’une famille : on donne du sirop, des câlins, …pourquoi ne se réveillerait-il pas encore la nuit prochaine ?

- Quel peut être le bénéfice que tirent les membres de la famille de cette conduite symptomatique ? Que gagne une mère ou un père quand un enfant se lève la nuit et qu’il vient se coucher dans leur lit ?

- Comment chaque membre de la famille contribue-t-il à perpétuer la conduite symptomatique ? On peut être moins encourageant pour que l’enfant comprenne qu’à 3 h du matin, on a d’autre chose à faire que se lever la nuit pour lui donner à boire.

- Quel type de conflit remplace la conduite symptomatique ? Quand l’enfant a un symptôme il y a peut-être un conflit derrière, il fait fonctionner le parent comme parent : on évite le conflit conjugal.

La maladie comme contrôle de la distance dans la famille : les petits enfants sont plus proches des parents. Plus il grandit, plus il s’éloignera des parents pour arriver à partir (autonomie). Cette autonomie peut être entravée par une maladie : l’anorexie par ex. (Adolescentes entre 14/19 ans). Toute la famille sera coincée dans cette situation de maladie, car quelqu’un a un symptôme autour duquel la famille s’organise. N’importe quelle micro-maladie fera que la famille s’organisera autour d’elle, d’abord par un ajustement, puis une adaptation et puis c’est la fin de la maladie.

Questions


1) A une période Tamara 4 ans et demi s’est plaint de maux de tête tous les jours. Cette période coïncide avec une absence répétée de notre part. Séparations dont on a parlé avec elle. Elle savait que ce moment était difficile pour elle comme pour nous mais que cela ne durerait pas. Elle a tout de même eu ces maux de tête. Est-ce le démarrage de l’école : apparition de tics nerveux à l’école. Que faut-il en penser ?
Il faut soulager le mal de tête de l’enfant car il est bien réel. Les tics doivent être analysés dans le contexte que cette enfant vit. Si elle pleure à chaque départ à l’école, il y a des tensions liées à la séparation.

2) Est-ce qu’en tant que parent on arrive à comprendre ce qu’il y a derrière la conduite symptomatique ? Est-ce important de l’exprimer à l’enfant et de lui dire qu’on a compris qu’il y a peut-être un autre message derrière ?
C’est dangereux de dire : on a compris, je dirais plutôt : je crois avoir compris : On fournit des hypothèses à partager avec l’enfant, mais pas de certitudes. On le fait collaborer pour qu’il fournisse d’autres éléments. Comment ça se passe ? Donne- moi plus d’info.


3) Est-ce que tous les pédiatres ont cette approche ? Qu’est-ce qui est fait aujourd’hui pour que les pédiatres aient cette approche là ?
Je ne sais pas. Pour moi, ça donne tout le sens à la prise en charge pédiatrique. Les pédiatres se retrouvent un soir par mois pour échanger sur des situations difficiles et nous faisons tous une lecture contextuelle de la maladie. On ne voit pas que la lutte entre les globules blancs et les rouges !

4) Un enfant qui a envie d’aller aux toilettes pendant les repas. Est-ce le symptôme de quelque chose ?
Tout dépend si c’est une fois de temps en temps où si c’est systématiquement. C’est la répétition qui met la puce à l’oreille.

5) On a décrit les bénéfices, mais il y aussi des problèmes psychosociaux gravissimes avec certaines maladies : certains enfants n’ont pas le droit d’être malade pour des raisons psychosociales : la mère ne peut se permettre de manquer son travail, l’enfant malade est refusé en garderie, la famille n’a pas de ressources extérieures pour l’aider. Dans ce type de situation, je ne trouve pas de bénéfice à la maladie.
On fait porter à l’enfant le poids de cette situation sociale : Il ne faut pas négliger ce type de situation, c’est pourquoi il ne faut pas négliger les mardis déguisés en dimanche qui donnent à l’enfant le droit d’être malade, de décompresser

6) Que faire quand c’est le parent qui est malade ?
Il faut en parler avec l’enfant, lui dire " je suis malade, "…On le tranquillise. Si on ne parle pas, il peut s’angoisser et avoir des symptômes accompagnateurs des parents. En lui disant, en lui faisant part de son état de santé, il sera plus serein. Jusqu’à 6 ans l’enfant ne comprend pas la maladie : il l’attribue à une punition,…A partir de cet âge, il peut comprendre.

7) Mon fils fait des troubles de l’endormissement. Les types de conflit qui remplacent la conduite symptomatique m’interpellent beaucoup. Ces questions, même s’il n’y a pas de réponse permettent d’aller un peu plus loin et de sortir du pourquoi. Pourquoi il ne dort pas, pourquoi il ne veut pas aller s’endormir. On tourne en rond avec le pourquoi quand on peut aller vers d’autres types de questions : quel est sont bénéfice de ne pas aller se coucher ? Quel est le bénéfice des autres s’il ne va pas se coucher ? De ses parents ? Qui est le membre de la famille qui reçoit le message et que fait le membre de la famille quand il reçoit le message ? Que fait-on pour que les choses s’arrêtent ou que ne fait-on pas pour que les choses continuent ? On ne peut séparer les troubles du sommeil de la dynamique familiale et conjugale.

 

Le résumé de cette conférence a été fait par Isabelle Henzi de l’association Lausanne Famille.

Sur ce site vous trouverez également le sujet de la prochaine conférence, sujet sur lequel vous pouvez poser vos questions par E-mail. Celles-ci seront ensuite posées au conférencier pendant la conférence. De la même façon, les réponses à ces questions seront retransmises sur le site.

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