Culture ou religion différente... Jusqu'où s'intégrer ?

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Culture ou religion différente... Jusqu'où s'intégrer ?

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Logo_Edp_150.jpgRésumé d'une conférence de Mr. François Fleury, ethnopsychologue, association "appartenance"

Le titre de cette conférence m’inspire différentes réflexions :

Les appartenances :
Qu’est-ce que ça veut dire appartenir à quelque chose ? -
Migration: se questionner par rapport à l’autre qui est proche de nous.
Appartenances : Jurassien d’origine, né Neuchâtelois, nous sommes retourné dans le Jura à Tramelance, village comprenant 17 sectes religieuses différentes, dont une partie sont liées aux églises protestantes et évangéliques : questionnement sur ces différences, les minorités et les guerres de clochers. Les sociétés protestantes se sont déplacés suite aux guerres de religion (accueil bien plus important que ce qui se passe aujourd’hui au regard des populations)
 

Migration:
Quand parle de migration on voit ça parfois de très loin, pourtant, tout près de chez nous il y a des migrations : celle des campagnes vers les villes est très importante pour la construction de l’identité.


"Peut-on sortir de ce regard qui part de son propre point de vue, de sa propre culture afin de pouvoir s’approcher de l’autre pour qu’il puisse s’exprimer, qu’il me dise son propre point de vue. Si on ne peut faire ce cheminement, ça paraît vain de vouloir rencontrer l’autre."
Pour exemple : Lors des entreprises périlleuses de conquête de l’autre (missionnaires,..), qu’ont observés les missionnaires sinon ce qu’ils observaient chez eux ? Comment ont-ils été intéressés par le point de vue de l’autre ?
Et maintenant ? Comment ça se passe pour ceux qui doivent quitter leur contrée lointaine pour aller ailleurs, dans des lieux d’accueil et qui sont confrontés à cette rencontre avec l’Occident qu’ils n’ont pas forcément choisi.
Les hommes ont tous en eux les ressources humaines pour aller vers l’autre.
Elles passent par :

La multiplication des appartenances communes (amour du sport …) qui permet de quitter ces communautés nationales, ferment de la différence (nationale, pas national, telle langue ou telle autre). Le point commun étant d’aller vers l’autre.

La migration en utilisant ses propres ressources: on travaille à partir de ces ressources plutôt que sur ce qui a été blessé voir détruit. C’est possible si société d’accueil se modifie : il doit y avoir promotion de la société d’accueil et de la société migrante. Rien ne peut changer si on ne change de manière réciproque. Ce travail de proximité est aussi un travail de prévention en santé mentale qui tente de débusquer une situation à risque.

La religion :
On ne peut parler de l’autre sans parler de sa propre culture, ce qui induit le mot religion : il met en avant cette idée du lien que j’ai avec ma communauté, mes parents, ma filiation.
Dans ce lien va aussi se construire quelque chose qui appartient à quelque chose de plus grand, à l’origine. Tout individu a un lien de ce type qui le lie à ses parents, à sa communauté et aussi à quelque chose qui la transcende : la reconnaissance de la force qui anime le vivant.
Nous sommes une société monothéiste qui a produit une religion monothéiste très sévère: elle n’accepte personne d’autre que ce qui vient de personnes appartenant à ma religion. Elle s’est ouverte à la dimension des « gens du livre » comme les musulmans. Mais ceux qui n’appartiennent pas à ces grands courants sémites sont à l’extérieur et on les nomme : païens, incomplets.


Union d’un groupe : Se fait autour de ce qu’il a en commun et qui peut se partager: croyances, divinités, savoirs-faire avec toujours le même but : comment faire grandir nos enfants pour qu’ils deviennent semblables.
Mais ils ne sont jamais semblables, ils sont toujours différents, en avance (car ils amènent des choses nouvelles à cette idée du semblable qui vont porter en avant cette société et être le dynamisme de la culture) et en retard (parce que nous avons un tour d’avance sur eux).
Les sociétés des hommes vont beaucoup travailler autour de ces règles qui seront parfois transgressées. Une partie de ce qui appartient à la culture est aussi du matériel transgressif car c’est en dépassant les règles que souvent des choses nouvelles viennent s’incruster dans la culture et permet le changement.
La rencontre avec l’autre se fait au départ par des gens qui ont entrepris de chercher dans le monde des richesses qu’ils n’avaient pas chez eux. Marquée par l’histoire, elle pollue encore notre pensée. Nous avons été conquérir l’autre sans se préoccuper de sa culture: la difficulté étant de penser l’autre comme étant quelqu’un qui a accès à une culture depuis des millénaires avec laquelle il construit sa pensée depuis des millénaires. On n’a pas pris le temps d’utiliser des interprètes pour rencontrer l’autre. On a donc projeté notre propre expérience sur la réalité des autres et en partant de ça on a déduit que les autres n’étaient pas développés ou sous- développés. Encore aujourd’hui on parle de pays en voie de développement. On a un langage qui détermine que les autres ne sont pas totalement complets, ce qui provoque chez nous des difficultés de reconnaître à l’autre une culture, des religions, des savoir-faire qui sont équivalents aux nôtres. Quand on est dans une civilisation écrite (Chine ou Inde) on peut s’y retrouver. Ce qui est différent si on entre dans une civilisation orale (manque de matériel historique pour pouvoir en dire quelque chose). C’est la raison pour laquelle il y a dans les sociétés d’accueil, un manque de pertinence dans ce regard sur l’autre, en voulant trouver ce qui est « sauvage » chez l’autre.

Les migrations : Deux types de migrations :
Partir de son pays, émigrer et immigrer c’est partir avec un projet en rapport direct avec qui se passe autour de soi et qui va provoquer le projet.

Volontaire, classique : main d’œuvre ouvrière qui se déplaçait selon des contrats

Involontaire : liée à des désastres humains, des contextes belligérants, des catastrophes qui poussent des populations vers l’extérieur.

Projet de migration = Projet de vie = en constante réadaptation. En règle générale ce projet est fait pour le long terme. On va mettre en place des stratégies pour y arriver: les ressources. Plus il y une distance entre le projet et la réalité de la personne, plus le risque de dysfonctionnement est grand : On ne peut projeter sa vie, se construire, répéter ce que nos parents nous ont donné. D’où des malentendus, des anéantissements de parties de soi qui ne peuvent se mettre en place car la réalité est trop forte.(précarité,..)

Migration: Rencontre de deux cultures qui pose un certain nombre de paramètres complexes :
La culture : faite d’éléments cognitifs : choses avec lesquelles je peux apprendre, comprendre des choses, la langue et les croyances religieuses. Même si nous sommes laïques (laïcité est construite sur une culture occidentale liée au christianisme et à son évolution)
Les valeurs et normes : Tout ce qui est de l’ordre de l’interdit et de la transgression : normes originelles très profondes, très liées aussi à des valeurs religieuses.
Les sentiments et les affinités : très constructeur. Aimer et être aimé fait partie des hommes.
Comportements : coutumes et langages qui font partie du secret. Qu’est-ce qu’on fait à l’intérieur, qu’est-ce qu’on montre à l’extérieur…choses très complexes car nous essayons d’être transparents, tout en ayant notre intimité, nos secrets.
 

Quel est le lien entre les valeurs culturelles du pays d’origine et celle du pays d’accueil ? Quels sont les liens qui peuvent se construire et quels sont ceux qui ne se construisent pas? Il y a différents cas :

1) Cultures où les valeurs du pays d’origine sont refusées catégoriquement : avant d’aller vers un phénomène de déculturation (ce qui arrive dans les régimes fascisants extrêmes) il y a un phénomène d’assimilation : on ne donne à l’autre que le droit d’être semblable. Grand credo de la Suisse jusque dans les années 60. Tout étranger a le droit d’être comme nous à condition qu’il fasse comme nous ! Mais il est très difficile de perdre cette identité originelle.

2) Refus des valeurs du pays d’accueil et augmentation des valeurs du pays d’origine : Il n’y a que mes valeurs qui sont importantes : un phénomène de ghetto se met en place en réaction à la pression trop forte des valeurs du pays d’accueil. Replie de la communauté sur elle-même qui pense que ses valeurs sont les meilleures. Bonne communication dans le ghetto et avec les siens, mais gros conflits de loyauté dès qu’on est en interface avec le pays d’accueil : les jeunes se trouvent prisonniers de systèmes de valeurs et de pensées différents. Certains refusent les valeurs du pays d’origine, ne veulent participer à ce qui a été élaborer par leurs parents (ce sont des bêtises, de mauvaises croyances…) et en plus n’ont pas envie de participer à la société d’accueil car tout leur fait signe qu’ils en sont rejetés.
Ce qui provoque des phénomènes d’exclusion et de marginalisation graves qui se retrouvent comme réponse potentielle chez les jeunes de la deuxième génération s’il n’y a pas de lieu d’accueil dans la société d’accueil :
Leur réponse au discours parental : « nous avons peiné pour venir travailler ici, vous êtes les seuls résultats de tout ce travail » est : « oui si la société d’accueil nous offre une place pour vivre ». Ces jeunes sont cultivés par l’école qui leur a ouvert les yeux sur la réalité des adultes. Mais si ce droit au choix et à la liberté proposé à l’école n’est pas aussi vrai quand ils commencent un apprentissage, leur jugement est alors extrêmement sévère :
Ils ne se retrouvent ni dans la société d’accueil qui ne leur offre pas la même liberté qu’aux enfants natifs : ils n’ont donc pas les moyens de se construire ici, ni dans la société d’origine qui est celle des parents : ils y allaient en vacances, mais ne pouvaient se construire là bas non plus. Dans cette incapacité de se construire ni ici, ni là-bas, il y a une espèce d’auto- déconstruction qui se met en place. C’est ce qu’on peut avoir dans les phénomènes d’exclusion et de marginalisation.

3) L’espoir que c’est possible : phénomène d’intégration critique : quelqu’un choisi et dans sa communauté d’accueil et dans sa communauté d’origine ce qui lui rend service comme valeur pour se construire. Pour cela, il doit avoir la capacité de cette auto-critique, de cette critique des systèmes afin de pouvoir choisir et se construire avec ça. Les sociétés d’accueil d’origine doivent avoir pour cela une certaine souplesse, sinon il n’y a pas d’intégration.
Aujourd’hui quand on parle d’intégration, on fait semblant de dire qu’il y a une intégration potentielle mais en fait nous sommes à peu près dans cette situation : l’effort qui est fait est que les autres deviennent de plus en plus comme nous. Ce qui n’est pas logique et pas possible car la rencontre avec l’autre va nous changer et nous a déjà changé, et va encore nous changer. Tant qu’on n’accepte pas ce changement, cette réciprocité, il n’y a pas d’intégration. S’il y a intégration c’est dans les deux sens. Pour créer l’intégration il faut qu’à la fois les gens qui viennent d’ailleurs se transforment et que nous, nous acceptions d’être transformé par cette proximité avec eux. C’est déjà en route avec, pour exemple des restaurants variés :pizza, plat vietnamien,…c’est en partie grâce à ce phénomène qui a été une intégration réciproque.
En voulant imposer notre manière de penser au niveau religieux on prend le risque d’aller vers des phénomènes de désintégration plutôt que d’intégration.

Question


Que se passe-t-il quand il y a conflit au sein d’un couple de migrants ?
Souvent la deuxième génération paye avec des conflits de loyauté : Quand les enfants ont été élevés dans un système de valeurs (celui de leur parents) et qu’il se retrouve dans un autre système avec d’autres loyautés, il y a un phénomène de compétition entre les deux systèmes et lutte intérieure pour ne pas être exclu.
Souvent les enfants, grandissants et devant se séparer de leur parents (adolescence) vont utiliser la loyauté pour sortir de l’influence de leur parents.
De plus, lors des migrations, l’homme détenteur de la loi, se fait distancer par les femmes qui évoluent. D’où des ruptures dans les liens matrimoniaux. Souvent les sociétés d’accueil ne donnent pas beaucoup d’espace à la construction par les hommes (les rêves de puissance et de gagner de l’argent sont cassés par des emplois précaires, mal payés,…)

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