L'adolescence: Communication, réelle ou virtuelle?

L'adolescence: Communication, réelle ou virtuelle?

Notre expert

Conférence animée par le Dr N. Frenck, Pédiatre FMH, Thérapeute de famille
 

La vérité: Il n'y a qu'une seule vérité mais plusieurs réalités qui coexistent. Le dialogue familial se fait autour d'elles.

La réalité: La façon dont moi je vois le monde.

Qui dit communication en famille dit émission de message: est-ce qu'il passe ou non ? Le message est dit, il est parti mais il n'a pas été entendu, il n'est pas arrivé. Le conflit démarre quand le message est parti mais qu'il n'est pas arrivé: "Je te l'ai dit, non tu ne m'as rien dit"... Chaque proposition est réelle pour chacun des interlocuteurs: pour l'émetteur le message est parti, pour le récepteur il n'est pas arrivé. La réalité de chacun est sa vérité.

On est au cœur de la problématique des conflits familiaux: Chacun se bat pour une certaine vérité. Mais si nous parlons de réalité, c'est à dire la vérité de chacun, on peut arriver à un meilleur dialogue autour de la vérité.

Mettre les problématiques en terme de réalité peut aider à aller plus loin dans les discussions familiales.

Les pièges de la communication réelle: Ils obstruent la communication familiale

Car on se substitue à l'autre dans ce qu'il pense. On craint que celui qui recoit le message le reçoive mal, de travers car il contient quelque chose difficile à recevoir.

  • "Je ne veux pas lui dire car je sais déjà qu'il ne peut pas l'entendre" Cette phrase protège l'autre. En le protégeant ainsi on le sent incapable de recevoir le message
  • "Je ne veux pas lui dire car je sais déjà ce qu'il va me répondre": On ne laisse pas la chance à ce que peut-être cette autre personne a changé d'avis ou qu'elle puisse répondre autre chose.
  • "Je pense qu'il pense que je pense ceci, donc j'ai meilleur temps de ne rien dire". On se prend pour l'autre.

Car c'est un message qui est potentiellement là mais qui n'est pas là: C'est le message virtuel.

  • On apprécie une situation sur une attitude, on recoit un message sans que l'autre aie dit quoique ce soit: L'adolescent entre en claquant la porte et va dans sa chambre. Ce claquement de porte - jugé attitude provocante- provoque des discussions chez les parents alors que l'ado. n'a rien dit du tout.
  • On peut être là sans être là, on peut dire des choses sans être entendu: Je te l'ai dit / non tu ne m'as rien dit.

Le message virtuel avec ses outils de communication

Le téléphone: Attention à ce qu'il ne devienne un piège dans l'acquisition de l'autonomie du jeune. Il est "squatté" par les ados de la famille de la fin de l'après-midi à 22 heures environ! Cette réalité que les entreprises de téléphone ont remarquée depuis quelques années est utilisée à des fins commerciales. Attention à l'aspect marketing très important surtout avec les téléphones portables: les principaux prescripteurs du téléphone portable sont les mères de famille.

Si en équipant les jeunes les mères se rassurent, elles reflètent l'existence du fait que l'autonomie du jeune n'est pas assurée et qu'il y a encore un "cordon ombilical sans fil".

La télévision: En regardant la télévision les membres de la famille se "disent" beaucoup de choses: quand on regarde un programme on ne parle pas. Ce qui peut masquer bien des problèmes. (Comme l'enfant qui se lève la nuit pour aller dans le lit des parents). Elle jouit d'une place très importante dans la famille (on ne parle pas quand elle est allumée, on ne l'éteint pas même quand le programme qu'on regarde est terminé,...). Celui qui détient la télécommande a un pouvoir très important. Se jouent alors autour d'elle une vague de négociation/marchandage au sein de la fratrie.

L'électronique: Il y a un phénomène tout à fait nouveau et auquel il faut faire attention en matière d'électronique, d'Internet: les enfants sont plus compétents que les parents. Or dans les rapports parents/enfants, les parents doivent être très vigilants: Dans la hiérarchie familiale, les parents sont ceux qui encadrent les enfants dans leur développement. Si dans le domaine de l'électronique, les enfants sont plus compétents, il faut leur reconnaître cette compétence, mais uniquement dans ce domaine bien précis et empêcher que les enfants extrapolent cette compétence là à d'autres compétences. Attention à bien respecter la hiérarchie familiale.

La complicité parents/enfants "licitement illicite": On ferme les yeux sur ce qui est illicite (piratage de logiciel,...) Attention, le parent qui encadre l'enfant doit avoir une certaine légitimité pour encadrer: c'est l'autorité de compétence. Le parent, en tant que responsable des règles que le jeune doit apprendre pour vivre en société, perd sa crédibilité s'il a ce type de complicité avec l'enfant. Son rôle parental d'encadrement sera affaibli.

Effets de la communication familiale sur le développement du jeune:

  • Le jardinage de l'estime de soi: L'estime de soi est le meilleur levier pour le bien-être de l'être humain. Quel type de communication favorise ou empêche le développement de l'estime de soi ?

Ce sont des schémas. La vie quotidienne se situe entre les 2 pôles:

  • La communication coercitive et contraignante: Elle tue l'estime de soi: "c'est comme çà et pas autrement": il n'y a pas d'explication, c'est un ordre et une consigne : Le jeune entend tu n'es pas compétent, on ne peut pas te faire confiance, tu n'es motivé que par des choses négatives, tu ne sais pas ce qui est bon ou mauvais pour toi, nous savons mieux que toi. Le jeune entend des messages qui ne vont pas l'aider à faire face à la vie. Il y fera face en cherchant d'autres sources pour le valider dans son existence ( les copains, ..).
  • La communication basée sur le soutien et l'appui: le parent coache le jeune dans son développement et l'appuie dans ce qu'il a besoin: le jeune peut apprendre à demander, le parent peut apprendre à ne pas devancer la demande: En effet, quand il s'adresse au parent, il peut l'informer de quelque chose et/ou lui demander quelque chose. Dans notre amour de parent, nous effaçons l'information et ne pensons qu'à la demande. S'il n'y a pas de demande et que nous lui apportons plein d'offres, l'enfant peut se noyer. Avec ce type de communication, on attend qu'il demande. Quand il demande on voit ce qu'on peut faire. Le jeune entend: tu es compétent et apte à décider, tu es capable de te comporter de façon appropriée, nous pouvons te faire confiance. Le jeune peut ainsi avoir confiance en la vie en faisant confiance en son propre jugement.

Points importants pour tisser une relation positive et constructive avec un adolescent:

  • Parler en terme de réalité et non de vérité.
  • Lors de dialogue, donner quittance: je t'ai entendu, j'ai reçu le message ou bien je ne t'ai pas bien compris, pourrais-tu expliquer avec d'autres mots,...et ensuite répondre. Souvent la réponse du parent vient trop vite (tac au tac) et on n'a pas bien entendu la question. Cette quittance est très importante et on la néglige beaucoup.
  • Faire la différence entre l'imaginaire et les actes: L'adolescence est le moment idéal pour rêver et c'est normal que l'imaginaire foisonne.
  • Crédit de confiance réciproque: l'adolescence n'a pas un grand capital de confiance. Ce petit capital qu'on lui prête lui servira pour démarrer.
    Rappelons-nous ce dont on a eu besoin en tant qu'adolescent
  • La coévolution familiale: Quand l'adolescent évolue, nous devons évoluer en tant que parent avec lui. On ne doit pas regarder évoluer un adolescent comme on regarde sautiller des bactéries à travers un microscope !

Conclusion

Cessons de faire croire à l'ado. que la famille est une démocratie: On n'élie pas ses parents ni ses enfants, ce n'est donc pas une démocratie. L'école non plus. Nous ne sommes pas égaux.

Les parents copains-copains: C'est très dangereux: la hiérarchie est rompue et l'encadrement où l'enfant est à sa place d'enfant et l'adulte à sa place d'adulte n'a pas lieu. Idem pour les enseignants

L'enfant a besoin d'adultes. Pouvoir dire "cons d'adultes" leur permet de se définir en tant que personne qui se cherche, qui se questionne et en tant que personne en devenir.

Questions

1) Une famille de 3 enfants avec une aînée de 15 ans très agressive: refus de dialogue, refus du regard des parents sur son activité (intrusion abusive). Comment rétablir un dialogue avec cette adolescente? Existe-t-il des groupes de discussion et d'échanges de parents dans la région lausannoise ?

Grande souffrance des parents qui tentent de communiquer avec leur enfant et qui n'y arrivent pas. Comment est ce que l'adolescente vit cette non-communication avec ses parents? Quand on se sent en panne, il faut demander de l'aide. Pour les groupes de parents, à priori il n'y en a pas, mais le Dr Salem a fait un essai de ce type et il faudrait lui en parler lors de la prochaine conférence car c'est lui qui la donne. Pourquoi ne pas créer quelque chose du type "café-parent"... ?

2) Quand l'imaginaire de l'ado est trop développé, comment le faire atterrir?

Lui faire écrire et lire ses délires (dictaphone, écrire à l'ordinateur,...) et l'accompagner pour atterrir.. Un imaginaire très fertile est une richesse à garder sans bousculer.

3) La télévision. Que faire avec les enfants qui regardent trop la télévision?

Le problème n'est pas quand il regarde trop la télé, mais quand il ne comprend pas ce qu'il regarde car çà l'angoisse. Le dimanche matin les enfants regardent souvent des dessins animés très violents qui peuvent les inspirer pour faire des bêtises. Par ailleurs beaucoup d'enfants devant la télé pendant 4 heures durant rêvent devant sans la regarder.

4 ) Le danger de la télévision est que l'enfant ne s'ennuie plus, alors que l'ennui est très créateur. Qu'en pensez-vous ?

C'est vrai, on est moins créateur quand on est devant la télévision car on est passif. Certains programmes sont intéressants mais le parent ensuite doit décoder car il y a un énorme apport de connaissance. Ce n'est pas nécessairement négatif. Par ailleurs quand les enfants sont trop souvent devant la télé, ils peuvent devenir obèses car ils bougent beaucoup moins et ils grignotent.

5)  Les enfants ont des compétences supérieures à celles des parents dans certains domaines: Qu'est-ce que cela implique dans les relations parents/enfants?

Le problème c'est que grâce à cette compétence il peut prétendre à d'autres compétences. Il y a un risque de débordement dangereux. Cette compétence particulière et supérieure doit être reconnue mais bien clôturée et limitée à ce domaine précis.

6) Un intervenant pensait que la communication non verbale ( le gestuel par exemple) était une communication virtuelle:

Le non verbal gestuel complète le verbal dans la relation. La gestualité complète le discours de l'adolescent. Mais beaucoup de conflits se font sur des choses qu'on n'a jamais dites: c'est la communication virtuelle: une communication qui est là et qui n'est pas là.

La bonne position pour parler avec un adolescent: Le parent: assis et l'ado debout. Ainsi, on l'invite à parler et on est beaucoup moins menaçant pour lui. Nous parents, sommes une menace pour l'adolescent: on est plus âgé, on a plus de connaissance,... Si c'est l'ado qui est assis et le parent debout, le parent "assomme" l'ado. De "je te dis, je te dis,..." et l'adolescent n'en retient rien.

Au niveau des actes, il y a aussi une autre communication non verbale de l'ado vers la famille et la société: c'est le fait de boire de l'alcool ou non, de fumer ou non, le "look": S'habiller, se coiffer de telle façon lui permet de s'identifier à un groupe, par rapport à d'autres groupes.

7) Que faire quand un enfant plane trop ? N'a-t-on pas le devoir en tant que parent de le faire atterrir pour qu'il soit mieux préparé à la vie ?

On n'a pas d'autre choix que d'attendre qu'il atterrisse. Il faut avoir la patience d'attendre qu'il ait fini de planer et lui montrer où se trouve l'aéroport. Bien souvent quand l'adolescent a faim il arrête de planer car il sait où se trouve la cuisine.

8) téléphone/télécommande:

Avez-vous des trucs pour gérer cette situation? Il faut expérimenter, essayer différentes choses, ne pas rester statique, mettre de l'humour, des idées nouvelles et créer l'inattendu pour changer une certaine routine, une usure qui ne peut conduire qu'à des conflits de plus en plus violents. On n'explore pas assez et il faut essayer de faire des choses différentes. Attention à la répétition qui use tout le monde.

9) Que penser lorsqu'un jeune cherche refuge chez des amis après un conflit ? Comment leur faire comprendre que le discours, les conseils des amis ne sont pas forcément la bonne façon de voir la vie?

L'enfant doit pouvoir exprimer son point de vue. Quelles questions pose-t-il et qui entraînent le conflit? Nous parents devons valider notre imaginaire. En général les ados de 16 ans se parlent de filles, de musique et de cinéma et ne se donnent pas de conseils quant à l'école ou leur avenir professionnel.

Vous pouvez essayer de mettre en pratique toutes ces notions dans le cadre des Cours Gordon aussi proposés par L'Ecole des Parents. Contactez-nous.
 

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Cécile Vuillemin - Psychologue FSP
Cabinet Mots pour Maux

Psychologue FSP/ASPEA spécialisée, je propose un soutien psychologique pour les enfants, les adolescent.e.s et les jeunes adultes ainsi que du coaching parental. J’anime aussi des ateliers d’écriture à destination des jeunes.
Bilan psychologique - Bilan émotionnel et affectif.
Accompagnement psychologique lors de handicap. Accompagnement de l'enfant et/ou du-des parents.

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