Management familial: Comment construire une éducation non violente?

Management familial: Comment construire une éducation non violente?

Notre expert

Logo_Edp_150.jpgRésumé d'une conférence de Mr. Fernand Veuthey, Licencié en sociologie et anthropologie, Membre du centre Martin-Luther King

Ecole des parents de Lausanne

Le conflit est très souvent au centre de l’éducation et les parents d’aujourd’hui se sentent souvent en manque de modèle de référence. Dans les générations précédentes, les parents apprenaient de leurs propres parents. Mais le modèle éducatif proposé par ces générations a été rejeté, essentiellement parce qu’il n’était plus en adéquation avec le monde d’aujourd’hui, que c’était un modèle trop autoritaire. Ensuite les parents ont basculé vers un excès inverse: le refus de mettre des limites dans l’éducation de leurs enfants. Actuellement ils sont à la recherche de nouvelles marques pour accompagner leurs enfants.

L’éducation :

C’est faire surgir ce que l’enfant porte en lui, pour le faire sortir de l’enfance et le conduire à l’age adulte.
C’est aussi une structure qui permet à l’adulte d’interagir avec l’enfant, en ayant une position hiérarchique supérieure à lui. Il accompagne l’enfant dans son développement pour qu’il accède à l’autonomie et à la capacité de coopérer avec ses semblables.

La violence:

Atteinte a l’intégrité physique et psychique, processus de mise a mort, négation de la personne. Les vieilles méthodes éducatives coercitives fonctionnent avec un monde basé sur la soumission, mais pas avec le monde actuel. L’éducation moderne refuse la violence, mais elle peut être tentée de s’en accommoder.
Les principales valeurs nécessaires aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui sont la confiance en soi, l’autonomie et l’aisance relationnelle. Ces valeurs s’acquièrent avec l’éducation.
Attention à ne pas confondre violence, conflit et agressivité: l’agressivité est dans la nature de l’homme. Elle nous permet de nous battre, c’est notre instinct de survie. Dans un conflit, elle permet de ne pas fuir, de s’affirmer, d’affronter l’adversité, de combattre.

Le conflit est le moteur de l’éducation:

La première rencontre avec l’autre est conflictuelle: ses droits empiètent sur les miens.
A travers le conflit je me fais reconnaître de l’autre et il se fait reconnaître de moi:

  • Les colères du nouveau-né: Il comprend qu’il est différent de sa mère.
  • L’enfant de 3-6 ans enrichit sa personnalité en s’opposant aux autres: en luttant entre le fait de céder à ses pulsions et celui de plaire à son entourage, il apprend les règles de la vie en société.
  • L’adolescence est une autre phase conflictuelle: elle permet à l’adolescent de développer sa capacité à comprendre le monde et à trouver sa place pour se séparer de sa famille. Il acquiert ainsi une autonomie d’adulte.
  • L’adulte doit apprendre à défendre ses droits.

Le conflit => la fuite, ou de l’agressivité, de la combativité => lutte => force => soit de la non-violence, soit de la violence.

Face au conflit on peut avoir différentes attitudes:

La fuite pour se mettre en sécurité: ne permet pas de résoudre le conflit. On fuit par soumission, par passivité, ...ou par sécurité.
Le développement de son agressivité et de sa combativité: permet de faire face au conflit, en luttant pour la survie, pour la justice, contre les obstacles (inégalités sociales,...).
Cette lutte se fait avec nos forces morales, physiques et psychologiques. Elles nous permettent de nous confronter à l’autre. L’exercice de ces forces peut se faire dans la non-violence en utilisant notre capacité de conviction, ce qui permet de ne pas détruire l’autre. S’il y a violence il y a dérèglement du conflit: on use de sa force contre la personne: il y a manipulation, contrainte et jeu de pouvoir: c’est le cercle de la violence.

Quelques principes de résolution non-violente de conflit: Le principe de non-violence exige de nous que nous recherchions des moyens non-violents pour parvenir à nos objectifs.

Conflit: affrontement entre la position de deux personnes: il n’y a pas de résolution de conflit si chacun défend sa position. Lors de conflits avec nos enfants dans le cadre de non respect de règles, on se heurte car chacun reste sur ses positions. Derrière la prise de position il y a des besoins ou des valeurs à identifier.

1- Accordons le non-verbal à notre discours: on ne peut tricher avec nos enfants: ils sont attentifs au langage non verbal.
2. Partir de soi, exprimer ses émotions, ses sentiments, ses besoins et éviter le “tu”, “vous”, “on”. Dire “je”.
3. Préférer les demandes, qui stimulent la générosité, aux exigences qui la tarissent.
4. Eviter les jugements car ils rendent défensifs.
5. Eviter ce qui dénie notre responsabilité sur nos actes, nos pensées, nos sentiments: ce qu’on fait on le fait par choix et on ne le fait pas supporter à l’autre.
6. Eviter les généralisations, les “toujours”, les “jamais”,...
7. Ecouter avec empathie, entendre l’émotion de la personne et reformuler en disant les besoins qui sont derrière.

L’émotion: de l’ordre du réflexe. Spontanée, elle me renseigne, me dit que quelque chose d’important est en train de se passer.

La colère: Si je ressens de la colère face à de l’injustice, elle me donne la force de l’affronter et me permet de revendiquer mon droit. Elle me permet de mobiliser une force ou d’évacuer une frustration.
Mais elle peut aussi être parasite quand elle est le résultat d’une accumulation d’évènements, qu’elle vient de loin. Le risque de décharger sa colère sur quelqu’un d’autre (enfant, conjoint,...) est grand. Ce comportement, non adéquat est à corriger: il faut en rechercher la cause véritable et trouver une formulation de ses émotions en respectant l’autre.

Une distinction est importante: l’émotion et sa manifestation: l’émotion doit sortir, car la colère rentrée peut être toxique.
Il est important d’aider l’enfant à manifester sa colère, en s’aidant de rituels à trouver par exemple. Ce rituel peut être un coussin de colère pour qu’il puisse taper dessus ou crier dedans.
Ensuite il faut reconnaître cette émotion: est-ce la situation qui la provoque? Est-ce qu’elle vient de plus loin? Il est important de décoder le pourquoi de cette émotion qui envahit mon enfant ou qui m’envahit. Et le verbaliser.

La tristesse: La faire sortir par les larmes: Pourquoi suis-je triste? Est-ce la perte de quelque chose? De quelqu’un? Ca me permet d’accepter ce qui s’est passé et de nommer ce que j’ai perdu.

La peur: Elle survient quand je suis en danger et mobilise mon énergie pour affronter le danger. Elle est salvatrice si elle est fonctionnelle. Mais si elle est exagérée, ne correspond à rien de réel ou de justifié, elle m’envahit. Il faut la reconnaître. Pourquoi mon enfant a-t-il peur? Y a-t-il danger ? Il faut vérifier l’existence ou non de ce danger, traverser la peur avec l’enfant et lui donner la sécurité dont il a besoin à ce moment là.

La joie: Elle accompagne une réussite, un amour, la satisfaction d’un besoin. Il est important de la reconnaître car elle nous donne l’énergie pour affronter les moments moins joyeux. En aidant l’enfant à éprouver et exprimer ses émotions, on lui permet d’avoir confiance en lui.

Comment communiquer de façon non-violente ?
Les enfants ressentent souvent des émotions fortes comme de la colère ou autre, ce qui est positif.
Mais, pour l’accompagner dans une expression de son émotion qui soit socialement acceptable, je dois moi-même éviter l’escalade et m’exprimer de manière non-violente:

1- Quand je vois/ j’entends (nommer l’acte, le comportement précis de l’enfant)
2- Je me sens ...(nommer mon émotion, sentiment)
3- Car (parler de mes besoins, valeurs, désirs)
4- je te demande de ...(nommer l’action concrète, sans y mettre d’exigence)
5- de façon a ce que (motivation pour l’autre)

Il est important de ne pas entrer dans l’engrenage de la violence et d’accueillir la colère de l’enfant en essayant de la reformuler:

1- Quand tu vois / tu entends (actes concret qu’il observe)
2- Est-ce que tu te sens (nommer des sentiments)
3- car (nommer ses valeurs, besoins, désirs)
4- Souhaiterais-tu que
5- Je (action concrète que l’autre aimerait)

Il est important de grandir dans une reconnaissance mutuelle de ses émotions.

Que faire dans le cas de règles non respectées ?

Il faut d’abord distinguer s’il s’agit d’une règle ou d’une limite. Une limite touche aux besoins : elle peut varier d’un jour à l’autre (fatigue, ...). Exprimer alors clairement ses besoins, ici et maintenant. Une règle est plus stable ; elle touche aux valeurs que je défends.
Si une situation de conflit se répète, une règle est probablement en jeu : il faut peut-être la redire clairement , ou expliciter les règles non dites. On peut aussi (re)négocier certaines règles pour se mettre d’accord sur un ensemble de règles de vie.

Qu’est-ce qu’une bonne règle ?

Elle doit être:

  • Légitime: elle protège mes valeurs, celles de mon groupe sans empiéter sur la liberté des autres. Elle est énoncée clairement avant son application.
  • Equitable: elle s’applique à chacun selon ses caractéristiques propres.
  • Applicable: elle peut être réalistement respectée et un contrôle est possible.
  • Tenir compte de la réalité: Il est difficile d’être seul contre tous. De plus la règle ne doit pas être en contradiction avec la loi.

Qu’est-ce qu’une sanction ?

Différente de la punition, elle permet de réhabiliter la loi. Il est important de pouvoir négocier, ce sur quoi je lâche, ce sur quoi je ne lâche pas. Et ensuite prévoir une sanction qui doit tout d’abord signaler que la règle est transgressée.
La sanction doit être :
Juste: sanctionne que les coupables ou récompense ceux qui n’ont pas transgresse.
Approprie et mesurée: c’est a dire différencie selon les ages, les rôles, le contexte...attention aux sanctions trop lourdes et trop longues. Pédagogique: son but est de convaincre et d’obtenir l’adhésion.
Réparatrice : Elle répare les éventuels dommages ou relations. Renforçatrice: Le comportement de la personne est pardonne.
Une sanction n’est pas forcément une punition : le rappel de la règle est la première sanction.

En conclusion, pour une éducation non-violente...

- Accepter et aimer mon enfant tel qu’il est et moi-même telle que je suis
- Distinguer la personne de son comportement
- Renoncer a ce qui porte atteinte à son intégrité
- Etre à l’écoute des émotions et des besoins: les miens et ceux de mon enfant et en prendre soin
- Apprendre à négocier ...ce qui est négociable
- Fixer et appliquer des règles et des limites
- Pratiquer, m’entraîner et oser (me former).

 

Questions

 

1- Que faire quand un enfant ne veut pas obéir et qu’il fait de la résistance passive?
Il faut essayer de découvrir quels sont les besoins qui existent derrière cette position. Que veut-il défendre ?

2- Quid de la fessée ?
La fessée est un acte violent, et devrait être évité. Elle peut arrêter un comportement quand on ne trouve pas d’autre moyen de le faire. Si elle nous échappe ainsi, il est important de reprendre le contact et d’expliquer, de formuler ce qui s’est passé. Ce n’est pas forcement possible tout de suite. Et il faut chercher comment faire pour trouver d’autres moyens.

3- Quid de l’enfant qui tape ?
L’enfant qui tape doit comprendre que ce comportement n’est pas admissible. Taper est aussi une forme de contact: si on prend l’enfant dans ses bras, tout en l’empêchant de taper, on comble son besoin.
L’envoyer dans sa chambre n’est pas forcement la meilleure solution (pas plus d’une minute seul par année d’âge), ça exclu celui qui a besoin de contact, ça le prive encore plus du contact qui lui est nécessaire. On peut lui donner ce “coussin de colère”: tu peux taper sur ce coussin, mais pas sur une personne. Et puis on peut parler avec lui, selon l’age qu’il a: pourquoi est-ce que tu tapes ? Que ressent-tu à ce moment là ? Qu’est-ce que tu penses? C’est plus simple pour les enfants quand on les interroge ou formule des hypothèses sur leurs besoins.
 

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