Dépression chez l’enfant, comment réagir?

Dans cette rubrique

Partager:

Dépression chez l’enfant, comment réagir?

Notre expert

Une conférence proposée par Dr Olivier Chouchena – SUPEA

Chez les enfants de 6 à 12 ans, la prévalence de la dépression serait inférieure à 3 %. Pourtant l'existence de cet état a été longtemps méconnue, voire niée pour différentes raisons:
On retrouve peu chez l'enfant des symptômes analogues à ceux rencontrés dans la dépression de l'adulte.
Chez lui, les symptômes sont très variables et contribuent à masquer l'existence de la souffrance dépressive.
De plus, il est difficile pour un adulte de concevoir et d'accepter qu'un enfant puisse être déprimé.

Comment reconnaître les troubles dépressifs  chez l’enfant?
L’enfant est en retrait, son visage sérieux, peu mobile ou à l’air absent ou décrit comme irritable, agité, opposant et insatisfait. Il faut rechercher l’expression d’une souffrance reliée à la perte et au sentiment d’impuissance.

  • Les mots de l’enfant sont explicites:
    «J’ai envie de rien»  -  «Je suis nul» - «Je suis méchant» - «C’est de ma faute» - «Personne ne m’aime» - «Je n’y arrive pas, c’est trop dur»
  • Le désarroi des parents se traduit par des phrases du type:
    «Il n’est jamais content» - «On ne peut jamais lui faire plaisir» - «Il n’est plus comme avant» 

Voir aussi notre dossier sur l'Estime de soi des enfants

En pratique, on observe souvent chez l’enfant déprimé:

  • Situation d’échec scolaire en lien avec la souffrance dépressive et l'inhibition intellectuelle.
  • Désinvestissement des activités ludiques et de plaisir
  • Sentiment de rejet et d'isolement
  • Quête affective mais avec paradoxalement une difficulté à accepter d'autrui les manifestations d'affection et de réconfort.
  • Certains symptômes accompagnent les affects dépressifs, comme l’inhibition et parfois les masquent : ce sont des symptômes de défense vis-à-vis de la souffrance dépressive: agitation, excitation, clownerie ..

Plus l'enfant est jeune plus la symptomatologie risque d'être trompeuse:

  • Les troubles du comportement sont souvent au 1er plan chez l'enfant (agitation, instabilité psychomotrice, manifestations agressives fréquentes). Le ralentissement psychomoteur tel qu'on l'observe dans les dépressions de l'adulte peut être absent ou prendre la forme d’une inhibition, d’un retrait, d’un repli sur soi.
    Les sentiments d'auto-dépréciation font d’autant plus défaut que l’enfant est jeune (sentiments d'auto-accusation rarissimes avant la puberté).
    Chez le très jeune enfant, le bébé est sans pleurs ni larmes. Il a une mimique pauvre, des conduites répétées et monotones, un affaiblissement des réponses aux sollicitations, une pauvreté interactive, une altération de la communication qui est amplifiée par le désarroi de l’entourage face à ce bébé qui ne répond pas. Il s’agit d’états d’hébétement (souvent après une phase de protestation) faits d’apathie, de retrait, de somnolence chez des nourrissons de plus de 6 mois privés des soins de leur mère et qui ne trouvent pas dans leur nouveau milieu d’accueil des soins et des apports affectifs satisfaisants.La dépression du nourrisson est attribuée le plus souvent à la rupture des liens d’attachement, spécialement avec la mère (orphelinats d’enfants abandonnés…)
  • Dépression et suicide
    Le suicide chez l'enfant de moins de 12 ans est beaucoup moins étudié que les comportements suicidaires de l'adolescent. L'intention suicidaire est souvent remise en question, voire niée et le suicide considéré comme un accident durant cette période de la vie.
    Le suicide avant la puberté est rare: le taux de suicide entre 10 et 14 ans est 6 fois moins important chez le garçon et 10 fois moins important chez la fille qu’entre 15 et 19 ans.
    En Suisse, en 1987, on constatait 4 suicides dans la population des 5-14 ans contre 180 chez les 15-24 ans.

Du normal au pathologique

  • Moments dépressifs et deuils (non pathologiques):
    La tristesse n’est pas un épisode dépressif mais représente une réaction émotionnelle dont tout enfant fait un jour ou l’autre l’expérience.
  • Le deuil:
    les recherches épidémiologiques ne permettent pas de corréler le décès d’un parent et la dépression de l’enfant. Mais il est une situation à risque que l’enfant peut surmonter grâce à l’aide du parent survivant qui peut avoir besoin d’une aide extérieure (rôle important de la famille élargie et du réseau social).
  • Episodes dépressifs de type «névrotique»:
    • L’enfant s’impose à lui-même des contraintes et des exigences dont il tente en vain de s’approcher.
    • Parfois, compte tenu d’un idéal parental très élevé, l’enfant a l’impression de ne pas pouvoir répondre aux attentes familiales.
    • Besoin perpétuel de revalorisation, appel constant à l’aide affective.
    • Décompensation dépressive à l’occasion d’un traumatisme ou d’une modification de l’entourage.
    • Face à la menace d’une perte d’amour et d’estime de soi, l’enfant ne parvient plus à trouver de réponse adaptée en lui-même et dans son entourage.
  • Dépressions «réactionnelles».
    • Les séparations et pertes, les carences affectives sont ont une grande influence
    • Les incohérences éducatives: effet +++ des comportements punitifs, coercitifs, arbitraires des parents.
    • L’existence de troubles dépressifs chez les parents augmente le risque de survenue de troubles dépressifs chez les enfants (dépression maternelle+++).
    • Dans la plupart des maladies somatiques graves, la dépression semble être corrélée à la douleur lorsqu’elle n’est pas traitée ou lorsque les traitements sont inefficaces.
    • L’école peut contribuer à entretenir et même à accentuer des facteurs environnementaux dépressogènes lorsqu’elle stigmatise un échec. Voir aussi le harcèlement scolaire

La place de la dépression dans les troubles de la personnalité de l’enfance est centrale mais est rarement reconnue comme telle. Elle s’exprime au travers de sentiments pénibles (de vide, d’inutilité et de non-valeur qui vont progressivement se teinter d’idées de préjudice et d’injustice); d’absence d’intérêts et d’idées; de manifestations somatiques; de défenses par l’agitation et l’excitation.

Les facteurs de protection

  • La cohésion familiale
  • La qualité de la relation parents-enfants
  • Les compétences intellectuelles
  • L’école joue un rôle de protection lorsqu’elle fournit aux enfants les moyens de répondre à ses exigences et qu’elle met en œuvre une pédagogie du renforcement positif des acquis. L’école a un rôle préventif à jouer en accompagnant chaque enfant dans tous les moments de rupture et de passage, y compris les ruptures culturelles (enfants de migrants).

Prévention des troubles dépressifs chez le sujet jeune

  • Repérer et corriger les situations à risque de rupture et de discontinuité et les souffrances maternelles à l’origine de troubles des interactions.
  • Eviter les séparations parents-enfant précoces répétées et non préparées.
  • Equiper correctement en personnel formé tous les services et institutions destinés à accueillir de jeunes enfants.
  • Interventions à domicile très précoces dès la grossesse (milieu socialement défavorisé+++).
  • Guidance parentale, thérapies mère-enfant.

Comment soigner les troubles dépressifs chez l’enfant?
Il est important que l’enfant déprimé soit précocement reconnu comme tel mais attention à l’activisme thérapeutique inconsidéré.
Le traitement peut être psychothérapique, individuel ou familial, voire de groupe et/ou médicamenteux.
La plupart des dépressions sont accessibles à un abord psychothérapique de courte durée prenant la forme de consultations thérapeutiques. Le psychodrame et les psychothérapies de groupe trouvent leur indication dans les dépressions de l’enfant quand une relation duelle ne peut s’établir.

Les traitements médicamenteux
La psychopharmacologie constitue toujours, à l’heure actuelle, un axe peu développé au sein des stratégies thérapeutiques élaborées par les psychiatres d’enfants : elle est plus facilement prescrite chez l’enfant par les médecins généralistes et les pédiatres, même dans le jeune âge.
L’effet placebo chez l’enfant semble varier selon les études et les pathologies (de 20 à 60%).

Le résumé de cette conférence a été fait par Isabelle Henzi de Boissoudy.

Commentaires





waterlilly
13.01.2016 09:05

Bonjour,

Allez voir sur le site www.ciao.ch, il y a peut-être des infos à ce propos ou alors vous pourrez prendre contact avec eux.
Stann
04.01.2016 20:28

Bonjour,
J'ai 36 ans, à l'AI 100% depuis un an, je suis dépressif chronique depuis mon plus jeune âge. Mais suivi psychologiqiement que depuis l'âge de 21 ans. Issu d'une famille dépourvue de toute intelligence sociale, vivant en autarcie, avec un père traducteur stupide et sévère, tout le temps dans le jugement, anosognosique massif avec des traits autistiques dont une absence d'empathie, et une mère de la lignée psychotique, je remarque que je n'ai acquis aucun mécanisme de coping pour préserver ma confiance en moi. Je n'ai développé aucune intelligence pratique, sociale, poir apprendre à être futé (et oui!) pour préserver sa dignité. J'ai l'impression d'avoir acquis des traits autistiques à cause d'une éducation épouvantable.
J'aimerais savoir s'il existe une structure d'accueil en suisse romande pour les dépressifs chroniques, structure qui puisse en fonction du trouble de la personnalité responsable, développer des affinités pour s'assembler et sortir de la solitude. Et si le corps médical pouvait développer, en collaboration avec des ingénieurs informatiques, des algorithmes avec un maximum de paramètres diagnostics et anamnestiques, et bien des regroupements de patients pourraient avoir lieu , améliorant alors leur pronostic vital. Nous aurions tous une empathie commune. Ne pensez vous pas ?

Partager:

Nos adresses préférées

> Genève

Accompagnement Thérapeutique pour enfants et adolescents

Prise en charge psychologique des enfants et des adolescents dans le cadre de leur scolarité ou en dehors de leur scolarité, ainsi que des jeunes non scolarisés, (déscolarisation, rupture ou phobie scolaire), des personnes atteintes dans leur santé mentale, des jeunes ayant terminé leur scolarité obligatoire et démotivés.
Conseiller en éducation

> Lausanne

Anne Jeger- Psychologue FSP/AVP
Aide en ligne - Consultation en cabinet

"Aucun homme ne peut rien vous révéler sinon ce qui repose déjà à demi endormi dans l'aube de votre connaissance..."
Khalil Gibran

> Chexbres

Artefact SA (pour les ateliers-Filliozat)

Les Ateliers-Filliozat. Vers un quotidien aimant et joyeux avec nos enfants. Tendresse, respect, écoute…Neurosciences et techniques de psychologie positive. Des ateliers pour comprendre et savoir agir. Et enfin devenir le parent que vous rêver d’être.

Marie-Laure Pellegrin et Laurence Fort ont été toutes deux formées par Isabelle Filliozat, psychothérapeute et écrivaine.
Les ateliers se déroulent dans le très joli lieu de la Fondation Crêt Bérard, à Puidoux, près de Lausanne.

> Echallens

Ateliers Christine - Mes émotions

Accompagnatrice en communication positive & Gestion des émotions .
Aide en cas de crise: mieux gérer ses émotions fortes: colère, stress, tristesse, peur...
Aide pour booster la confiance en soi: mon enfant à de la peine à prendre sa place à l’école, se sent exclu, manque de confiance en lui...

> Pully

Beuchat Diane - Coach de vie - Grapho-Psychologue

Soutien aux parents et aux adolescents.
Cours de méthodologie

> Saint-Prex

Catherine Gonvers - Art -Thérapeute

Art-thérapie, Atelier de créativité, peinture.
Atelier pour enfants de parents séparés
Atelier pour enfant et adolescent manquant d'estime de soi

> Lausanne

Espace d'ateliers

ESPACE d'ateliers œuvre à promouvoir l’expression créative et artistique sous toutes ses formes afin de valoriser le potentiel créatif de tout un chacun. Elle vise à favoriser la mise à disposition de soins d’art-thérapie à toutes les personnes qui en auraient besoin, dans une optique de soin philanthropique, sociale et humaniste.

> Morges

Hypnose cosmique - Art-guérison - Contes / Wenna L

Wenna L propose des accompagnements individuels en hypnose, coaching et guidance spirituelle ainsi que des ateliers, stages et séminaires pour la croissance personnelle et spirituelle (à des prix selon le coeur et les moyens).

> Lausanne

L’Eclairage

Hypnothérapie ericksonienne, développement personnel et auto-hypnose, formation adulte

> Echallens

Sandrine Normand
Thérapie conjugale et sexuelle positive

Thérapeute pour les couples, familles monoparentales et célibataires
Thérapie conjugale positive
Thérapie sexuelle positive
Agrée ASCA
Ateliers vidéo: Créer un film vidéo ou un film d'animation de A à Z.

> Vevey

Thérapeute relationnelle Imago

Thérapie de couple Imago
Médiation familiale
Accompagnement d'adolescents
Informations sur la naissance et retour sur le vécu difficile de l'accouchement

A lire

Voir également

Nos partenaires