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Quel avenir pour les camps de ski?

Y a-t-il le feu aux camps de ski ?

Menacés par l’arrêté du Tribunal fédéral qui remet en cause leur financement, les cantons et les communes cherchent des pistes pour maintenir ces sorties à la montagne.

Il y a un peu plus d’un an fin 2017, le Tribunal fédéral décrétait que toutes les activités scolaires extra-muros et obligatoires devaient être gratuites conformément à la Constitution fédérale qui garantit la gratuité scolaire. A l’origine, la décision concernait le canton de Thurgovie qui rendait payants certains cours de langues.

Désormais la part financière des parents ne doit pas excéder 80 francs pour la semaine soit 16 CHF/jour alors qu’en moyenne un camp de ski de cinq jours coûte entre 300 et 400 francs par élève.

« Selon l’arrêté, la somme maximale pourrait être de 8 à 16 francs, observe David Payot, directeur de l’enfance, de la jeunesse et des quartiers de Lausanne. Le texte est au conditionnel, il n’est pas aussi péremptoire et laisse penser qu’il s’agit d’une évaluation. Sur cette base c’est une question qui doit être aussi tranchée au niveau cantonal. »

En attendant, la ville de Lausanne continue de demander une participation de 25 francs/jour et aucun parent n’a contesté à ce jour le montant exigé. Et une aide individuelle est toujours possible pour les familles qui n’ont pas forcément les moyens d’envoyer leur enfant au ski. Dans les autres cantons, Fribourg qui maintient le caractère obligatoire a décidé de prendre en charge le surcoût financier de l’ensemble des activités scolaires. A Genève, à Neuchâtel, au vu de l'importance des budgets, on a adopté une solution transitoire en passant du statut obligatoire à celui de facultatif, ce qui permet aux établissements de réclamer le même montant qu’avant. «Dans les cantons qui ont préféré ce choix optionnel, on n’a pas observé une baisse de la fréquentation des élèves, constate Pierre Pfefferlé, directeur du service des sports de l’UNIL et de l’EPFL. Mais, il n’empêche qu’on rentre dans un système à deux vitesses entre ceux qui peuvent payer et les autres.»
Alors que certaines communes ont dû annuler des camps de ski cette année, nombre de responsables pédagogiques continuent de chercher à offrir aux élèves, une expérience de vie à travers ces quelques jours à la neige.

Des pistes et des valeurs

Depuis des décennies, les camps de ski emmènent les écoliers vers les sommets enneigés et quand ils en redescendent, ils en gardent toute leur vie de super souvenirs. «C’est l’occasion de vivre la classe autrement, note M.Payot. Les enfants découvrent la montagne, la nature, partagent un autre quotidien et cela favorise une plus grande socialisation.»
Tout le monde est unanime pour louer les joies du camp de ski, loin de papa et maman. «C’est une expérience qui a un parfum d’aventure, ajoute M. Pfefferlé. Pourtant la classe de neige n’est plus la seule façon d’intégrer des jeunes venus d’horizons différents, cela passe par bien d’autres activités.»

Aujourd’hui en Suisse, un quart de la population est étrangère et peu possèdent la culture ski. «Pour les enfants migrants qui ne connaissent pas forcément les sports de neige et qui retournent en vacances dans leur pays d’origine, les camps de ski sont une chance de se familiariser avec ces montagnes au pied desquelles ils habitent», plaide M.Payot.

Que l’on discute ou pas de l’indice de popularité des camps de ski, l’arrêté du Tribunal fédéral a eu le mérite de relancer les débats. «Il y a eu une levée de boucliers et beaucoup de démarches ont été engagées pour trouver des solutions, relève M. Pfefferlé. Dans un pays où les choses bougent relativement lentement, on voit que ça a réagi rapidement.» La crainte de les voir disparaître va peut-être aider au retour en force des camps de ski. Les écoles attendent d’y voir plus clair et se démènent pour proposer ces escapades à la fois sportives, éducatives et qui font partie du patrimoine, de la tradition suisse.

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